Peut-être que

Publié le par la freniere

L’enfant est trop petit pour la tasse des hommes. On lui fait boire de force la lie amère du monde. Je ne suis pas de ceux qu’on piédestale mais des poètes qu’on piétine. La liberté fait peur aux comptables et aux cons. Les marchands ne savent pas ce que c’est que l’amour. Ils reproduisent des clients. Chacun de leurs gestes nous conduit à la perte. Leur bruit à la surface du monde fait peur aux animaux, aux arbres, même aux pierres les plus dures. Ils parlent de liberté en agitant leurs clefs. Heureusement, quelques âmes échevelées recousent la beauté avec de vraies larmes. Les heures s’entassent comme du linge sale. Du drapeau au linceul, elles ont traîné leur peau de fractures en factures et perdu leurs couleurs. Les branches qui sont mortes gardent l’espoir du feu. J’écris ceci avec les doigts gourds d’avoir planté des arbres.

Peut-être que le sable sortira des vitres et servira de plage. Peut-être que la mer s’échappera des colliers. Peut-être que le vent remplacera le pétrole. Peut-être que les chevaux henniront dans les bottes pour retrouver l’avoine. Peut-être que la ligne d’horizon libérera les collines et les jettera au vent. Peut-être que le baiser des abeilles redonnera du miel aux ruches désertées. Peut-être que le temps s’enfuira des horaires pour rejoindre le rêve. Peut-être que les enfants oublieront la règle de trois, la guerre de Troyes et les trois petits cochons pour dessiner le ciel. Peut-être que les hommes sortiront des usines, des banques et des églises pour retrouver la source. Peut-être que les fillettes d’Afrique pourront jouer à la corde sans sauter sur une mine. Peut-être que les crayons de couleur remplaceront les seringues aux mains du désespoir. Peut-être que les trains s’envoleront des rails en convois de pollen. Peut-être que les chiffres feront la courte échelle aux alphabets rebelles. Peut-être que les balles ne viendront plus crever les ballons des enfants et que les cerfs-volants remplaceront les missiles. Peut-être que les aveugles enseigneront aux autres à voir avec les mains. Peut-être que les mains serviront aux caresses et qu’on pourra s’aimer sans compter la monnaie. Peut-être que l’amour réchauffera la terre et les nuages qui ont froid.

Nous partirons debout sans bouée ni boussole. Nous trouverons nos racines dans la mémoire matricielle, la chair de l’eau, la chair de l’air, l’énergie des étoiles. Nous porterons la paix sans être des vaincus. Nous partagerons le pain sans oublier le blé. Nous avancerons le cœur ouvert et les paupières en marche pour regarder plus loin.

Publié dans Prose

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