Blues de nuit (Québec)

Publié le par la freniere

à Bob Kaufman

 

Parle nègre

Parle noir dans la nuit

Hulule tes blues parmi les toiles de la nuit

Offre tes oraisons païennes

Aux enfants bleus de la nuit

Parle bouge dans la bouche des crotales

Parle moche tout rond aux matous métaphoriques

Car la nuit t’embrasse

Car minuit est la berline chromée du vagabond

Parle nègre aux vitrines scandaleuses

Égrène tes colliers de syllabes

Pour échapper au langage du trottoir frais

Parle de langue en langue

Pour que les détectives de la grammaire soient semés

Dans le paysage sombre de la nuit

Parle en notes atonales avec un chat dans la gorge

Hurle tes histoires de vent dans la spirale du jeu

Qui ne finit plus parle noir dans la nuit

Oublie que tu cherches à oublier

Nocturne est le silence

Qui s’immisce dans les fibres du cri

Parle fièvre parmi le jaune des lumières qui pissent

Sur l’asphalte imbibé de crachats

Bois la bruine

Mange ton rêve de pain jusqu’au matin

Broute les ruines de ton inlassable mouvement

L’artère grise où tu marches est celle-là même

Où coule ton sang

Parle et vocalise nègrement

Même si le bourgeois cristallin

N’éclate pas dans sa bulle

Va au bout de la nuit

Et reviens sur tes pas et repars

L’alphabet des ruelles te dira l’odeur de la mort

Et de la vie tu auras appris

À ne dire que l’essentiel

Personne ne sait à quel moment

La terre entre dans la bouche

Parle noir dans la nuit

Et le jour se tiendra peinard

Dans les chiottes du soleil

 
Guy Marchamps

Publié dans Poésie du monde

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