La laine des hommes

Publié le par la freniere

La terre dégorge encore tout le venin de la haine. La peau du fleuve se ride. Le temps moutonne sous la laine qu’on file. Trop de vin se renverse sur les tables désertes. Le temps cogne des clous sur la poutre du cœur. Quand je regarde les étoiles, je me perds dans les yeux de ma mère. Quand je n’étais pas né, un homme quelque part m’a ouvert les yeux. Mozart portait en lui le premier joueur de flûte, le vent dans les roseaux, le souffle d’un oiseau. Van Gogh peignait déjà dans la grotte de Lascaux. Un roi Lear posait la question de la vie. Dès la première étoile, un fœtus a bougé dans le ventre d’une mère. Sourcier de père en fils, je trouve l’eau secrète du bout de mon crayon. Les mots que je façonne ne m’appartiennent pas. Ce sont des mendiants déguisés en voyelles, de vieux moines laïcs habillés de consonnes. D’un million de galaxies, ils prennent ce qu’ils peuvent. Chaque pas n’est jamais que le lieu d’où l’on part. Sur l’escalier du temps, chaque nouvelle marche nous tire vers le haut.

Trop de statues de sel nous bloquent l’horizon. À regarder derrière, on risque d’y rester. Parmi les gares, les ports et les aéroports, trop de gens restent sur le quai sans prendre le départ. Ils figent sur le sol à regarder l’oiseau avec des yeux de pierre. Je me dessine encore des ailes sur le corps, des lignes de vie plus vastes, des bottes de sept lieues. Je cherche dans les mots les voyelles qui s’aiment et la tendresse enfouie dans les livres d’images. Quand on salue la fleur qui s’ouvre au matin, on devient son parfum. L’amour est toujours un miracle. Le corps de l’un trouve sa place dans le corps de l’autre. La beauté est l’autre nom de la bonté. Elle ne promet rien mais soulève sa pierre. Les yeux conservent les regards qui les ouvrent à la vie. On voit toujours plus loin que le regard ne porte.

Les arbres plein d’oiseaux ont l’impression de voler. La nuit, l’espace rentre à l’intérieur et veille sur le temps. Je ne veux pas comprendre mais aimer. Quand on n’entend rien, c’est le soleil qui parle. Ce qui est grand pour les insectes, le reste aussi pour moi. Derrière chaque mot, tous les hommes se dressent. Il n’y a pas de frontières, rien qu’une ligne sans trace ouvrant toutes les routes. Toutes les choses existent pour partager la vie. Il faut les accueillir comme une communion.

Publié dans Prose

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JMS 21/07/2007 10:27

Superbe !"Dès la première étoile, un fœtus a bougé dans le ventre d’une mère", et j’adhère totalement à cette affirmation. L’Homme tel que je le conçois est né à la première tendresse ressentie. Le baiser du poisson m’émeut par l’humanité qui en naît. Ton écriture est superbe : "Sourcier de père en fils, je trouve l’eau secrète du bout de mon crayon ", de page en page je trouve ta source lumineuse. Du cri à la réflexion, tes vers-d’eau sont un bonheur.jms

colette 20/07/2007 09:16

On voit ...oui, bien plus loin que le regard, on voit où nous entraîne le coeur, où nous transportent les mots, où les unions et "communion"s se font...qui nous empêchent de nous défaire.

jjd 20/07/2007 05:14

Et une fois de plus dans la nuit la profonde J’ai oublié le monde cousu et recousu J’ai oublié son venin qui dégoutte du groin des grands fortunés si infortunés Et je me suis envolé avec les arbres et les consonnes de promesses tenues dans cette prose qui n’en finit pas de commencer et de nous relancer