Épitre aux oiseaux de cette côte (Écosse)

Publié le par la freniere

Vous goélands qui connaissez cette côte

depuis l’Aber Wrac’h jusqu’aux Sept-Iles

vous au bec à pointe rouge

vous sternes et mouettes tridactyles

vous pieds de mer

vous bandes de hérons fantômes

qui hantez encore l’île Millau

(je vous vois le soir

au-dessus du bois de pins

gris-bleu dans le bleu)

ceci seulement pour dire

que je vous suis reconnaissant d’être là

sinon

si vous étiez tous partis

c’est que les autres auraient gagné

ceux qui avancent

ceux qui construisent

avec leurs idées idiotes et leurs credos crétins

leurs marées noires et leurs déchets nucléaires

leurs bruits et leurs nuisances

(ils ne savent pas marcher le long de la côte

il leur faut toutes sortes

de jeux et d’animations

ils ne savent même pas ce qu’ils ont perdu) –

alors je vous en prie

continuez à vous servir du ciel

comme vous savez le faire

portés par le vent

les yeux grands ouverts

suivant les lignes de la côte

(ainsi que d’autres plus difficiles à voir)

et lancez un cri de loin en loin

pour ceux d’entre nous, en bas, qui veillent

ce sera une sorte de rappel

(pour accompagner les signes enclos

dans le silence de la pierre) :

bien au-delà de la maison du cœur

jusque dans les os

 
Kenneth White

Publié dans Poésie du monde

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Danièle 13/08/2007 12:41

Mouettes et goélands, sternes et cormorans, du large ou des trois Abers...   Votre halte insolente, le soir sur mon petit bout de rocher, m'enchante...  Merci Mr Lafrenière, pour cette mise en ligne de Kenneth White.

Mikel 12/08/2007 10:37

C'est un bien touchant poème, surtout pour ceux qui connaissent la BretagneMerci