Comme une boussole

Publié le par la freniere

La chaise est vide, la table lisse. Aux murs blancs les fenêtres passent le jour. Rien ne réveille le carrelage. Les pas d'hier glissent. Et ceux d'aujourd'hui.  Elle a quitté la maison. Elle marche. Elle suit le chemin comme d'autres vont au bois, au charbon, au rien. Ou d'autres choses. D'herbes et cailloux, de cerises en noyaux, elle ne cherche plus. L'arbre est un crayon, la terre un cahier. Les mots quand ils veulent. Un carrefour l'arrête qui la trouve absolue. Avant elle en pleurait.  Elle veut  l'unique, le lieu, l'état comme elle dit. De jour, on la reconnaît à son silence, l'éloquence des yeux. De nuit, à sa pensée  taillée de près. Ses sandales sont usées. Elle a mis le rêve dans sa poche. Elle le touche souvent, comme une boussole. Ses mains vides retiennent l'eau, alors on peut y boire. L'ourlet de sa robe ne se déchire plus, elle l'a coupé. On voit ses jambes nues. C'est une fille à la vie loin des foules. On dit qu'elle exagère, qu'elle veut la fusion, l'osmose, et toutes choses impossibles. Qu'elle en veut trop. On dit. Mais ceux qui disent n'ont jamais regardé le soleil en face. Elle si.


Ile Eniger,  Une ortie blanche

Publié dans Ile Eniger

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