Le coeur au bout des doigts

Publié le par la freniere

J’avais le cœur comme un cul-de-jatte qui a mal aux jambes, je cours maintenant comme un marathonien. J’ai retrouvé mes pas dans tes souliers. J’avais soif d’une eau avec sa propre soif et j’ai trouvé la source. Mes bras se sont ouverts pour embrasser les tiens. Nous avons le cœur au bout des doigts, le ciel dans les yeux. Le lieu d’où viennent les caresses, j’y accède avec toi. Tes mains m’ouvrent des ailes. Tes yeux m’ouvrent les yeux. Il n’y a pas d’espace qui me sépare de toi. Le monde prend ta forme.

Que tu sois loin ou proche, il me suffit de nous pour être heureux. Tu as su voir en moi ce que cachent les mots. Lorsque tu fais comme si, je fais comme ci comme ça. Il suffit que tu boives et l’eau retrouve sa voix. Il suffit que tu manges pour que chante le pain. Toute la lumière du ciel, c’est de toi qu’elle émane. Le savent les moineaux qui s’envolent vers toi, les fleurs que tu soignes, les choses qui t’entourent. Si j’étais la rivière, je porterais ton île. Si tu étais un arbre, je porterais ta sève.

Tu es le chant du merle dans le buisson muet, la perle dans la boue, l’espérance de l’eau dans la bassine en cuivre, le soleil qui brille sur le bassin du parc. Dans tout ce qui sépare, tu es ce qui rapproche. Dans tout ce qui est mort, tu es ce qui revit. Chaque jour avec toi, je fête ma naissance. La rhubarbe est en graines. La poussière du pollen a recouvert le sol. Si tu viens voir la neige, tu passeras l’hiver dans ma main, bien au chaud dans mon cœur, à cheval sur l’amour, le corps emmitouflé dans la berceuse tendre. Tu te balancineras de l’arrière à l’avant, tout contre mon épaule. Nous étrennerons les couettes, les duvets, les divans, en écoutant le feu faire chanter l’érable.

Je t’imagine penchée sur la page comme un soleil à l’encre dans tes mots. Je t’imagine penchée sur la table en éclaireuse des chemins. Je plonge dans tes mots comme on se jette à l’eau. Le ciel me sourit quand tu ouvres les yeux. Quand tu regardes le soleil en face, c’est toi que je regarde et non pas le soleil. Je ne veux pas le monde. Je veux tout toi, tout nous. Je veux tout notre amour dans notre cœur à nu. Je te découvre mot à mot, vague par vague, caresse par caresse. Ce que tu es m’accompagne partout, même où je ne suis pas. Nos doigts se nouent et se dénouent dans la même caresse. Nos pas se font et se font défont sur le même chemin. Nos corps exultent l’un par l’autre.

Je t’attends comme le pommier attend sa fleur. Je te crois lorsque tu ne dis rien. Je te crois encore plus quand tu parles aux étoiles. Tu es l’espace que j’habite, le temps, le temple où je renais, les feuilles qui verdissent dans la prière du bois, les fleurs qui éclosent dans les yeux du matin. Je suis où vont tes pas, où brille ta lumière. Je te prends par la main comme la flamme dans la paille. Ta maison porte la chaleur. J’y serai bientôt, ton corps contre mon corps. Je te prendrai toute entière dans mes bras. La nuit s’allongera dans le parfum des fleurs comme ma peau sur la tienne.

Publié dans Prose

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Danièle 21/08/2007 23:04

Et  l'Amour  au  bout  du  coeur...   Votre texte est sublime...   "Comme le pommier attend sa fleur..;"   "je te crois quand tu ne dis rien..."

Caty 19/08/2007 13:46

Quand j'étais très seule, il m'est arrivé par deux fois de suite, dans un demi-sommeil, de sentir un corps se coller contre moi. Cela ne m'est plus jamais arrivée et je suis toujours seule.