Pour un sou

Publié le par la freniere

Chants d’oiseaux, vents des sept horizons, sitelles, saxifrages, saxophones, inspirez-nous malgré le temps d’antenne et les mauvaises nouvelles. Abeilles, tarentules, pollens, humus, scolopendres, ne disparaissez pas dans les tours à bureaux. Ruisseaux, vagues de la mer, îles aux trésors, ne disparaissez pas dans les bateaux-citernes. Nous frôlons l’insaisissable quand vous nous habitez. Il fut un temps où tout avait des ailes. L’homme avait des rêves au lieu d’un portefeuille. La femme avait un cœur au lieu d’une fente à sous. Qu’avions-nous à inventer l’argent ? Il a suffi d’un sou pour tout détruire. Il a suffi d’un Dieu pour inventer l’orgueil, pour armer les enfants. Des tueurs déguisés s’infiltrent dans les mots, les écoles, les écrans. Des hommes jamais nés n’en finissent plus d’haïr.

Chacun se tire dans le pied dans la danse des heures. Les bombes mangent les villes. Que peuvent les maisons de poupée contre les mitraillettes des lâches ? Il n’y a plus de sel dans la conversation, plus de ciel dans l’homme, plus de bouillon dans le potage. Il n’y a plus d’abeilles dans le verger, plus d’aiguilles dans l’horloge des pins, plus de pain partagé. Il n’y a plus de pépins dans le chapeau melon. Le doigt sur le carnet des feuilles, il faut recomposer le numéro de l’amour, savoir se perdre sur le chemin des fraises, prier les arbres sans plier l’échine.

Chacun se tire d’affaire en calant son voisin. Le trèfle n’a plus de chance. Le cœur n’a plus d’atout. L’éternité se perd dans les chiffres d’affaire. Les horloges pointeuses trucident les cigales. Les trompettes sans piston ne chantent plus, elles chuintent. Même si la terre a le dos large, les marteaux ne savent plus où donner de la tête.  La chair de poule pond des œufs qui ne voleront pas. On brime les framboises, les abeilles, les cigales. On joue du pistolet pour tuer le temps et c’est l’enfance qui en meurt. Le noir l’emporte sur les ocres. Les chrysanthèmes étouffent dans les marges de manœuvre. Des guerriers à l’affût avancent à pas d’aveugle, à pas de plomb et se cherchent des poux entre les évangiles.

Oiseaux ne partez pas avec les cerisiers. Continuez de chanter malgré les arbres en croix, de l’épilobe à l’épinette, de l’aube à l’asclépiade. Les hortensias mourants ont besoin de musique. De coups durs en coups bas on a perdu la main, le coup de patin, le coup de coude, le coup d’épaule. Quand l’enfance prend feu dans un camion de pompier, on l’arrose d’essence et de billets de banque. Arbres, feuillages, branchilles, continuez de siffler malgré les vents contraires et la mauvaise haleine. On a besoin de frêne, de pruche, de courage. On a besoin de paix, de sève, d’oasis. On a besoin de sources pour la soif, de pommes pour l’enfant, de baisers pour la nuit. Poètes continuez d’écrire malgré la prose monétaire. On a besoin de mots qui ne soient pas à vendre, de marguerites brodées sur le tissu des jours.

Publié dans Prose

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