Paul Valet

Publié le par la freniere

Valet.jpg
Paul Valet : ni le nom ni l'œuvre n'éveilleront d'échos sensibles, l'auteur n'ayant rien fait pour qu'ils soient connus au-delà de son cercle intime. Il ne fréquenta jamais les milieux littéraires, se vouant corps et âme à ses tâches médicales car il était médecin généraliste dans la banlieue sud de Paris. Le nom même de Valet est en soi un masque, un pseudonyme cachant son véritable nom, celui de Georges Schwartz né en Russie en 1905 d'une famille aisée qui dut émigrer en Pologne après la révolution avant de s'installer définitivement en France en 1924. Mais il se savait avant tout poète, viscéralement poète. Il se voulut donc toute sa vie au service de la poésie, d'où ce pseudonyme de Valet, le serviteur. D'où aussi cette œuvre exigeante et unique, ardente et implacable, ce parcours - voire ce chemin de croix - d'un homme et d'un poète à vif, sans concession ni soumission aux modes de son temps, ni aux dictacts d'ordre politique, religieux ou philosophique.

Médecin, poète, résistant durant l’Occupation, son œuvre se révèle tendre et désespérée. Souffrant de troubles nerveux et cérébraux, il connaîtra l’enfer des hôpitaux psychiatriques avant de s’éteindre le 8 février 1987.

 

Biblio (non exhaustive)
Sans muselière, GLM, 1949
Poésie mutilée, GLM, 1951
Poings sur les i, Julliard, 1955
La parole qui me porte, Mercure de France, 1965
Paroles d’assaut, Minuit, 1966
Vertiges, Granit, 1987

À propos de :
Paul Valet - Soleil d’insoumission de Jacques Lacarrière , Jean-Michel Place, 2001

Paul Valet, Le Temps qu'il fait / Cahier cinq, 1987
Sur Internet : Éditions Jean Michel Place
Sur le blog de l'écrivain François Bon

 
 

Que pourrais-je vous donner de plus grand que mon gouffre ?
Etre lucide
C’est perdre connaissance
Etre libre
C’est perdre l’équilibre
Etre vengeur
C’est terrasser la vengeance
Etre intact
C’est terrasser l’évidence
Etre aux abois
C’est passer au-delà
Invincible est la détresse
De celui qui voit

*

Quand vous dites
Qu’il faut marcher avec ceux qui construisent le printemps
Pour les aider à ne pas être seuls
Et pour ne pas être seul soi-même
Dans sa tour de pierre
Dévoré de lierre
Je vous donne raison
Et quand vous dites
Qu’on n’a de raison d’être
Que pour les autres êtres
Vous avez raison vous avez raison

Et quand vous dites
Qu’il faut chanter le monde pour le transformer
Et pour l’expliquer et pour le sauver
Et pour vivre non seulement dans sa bulle de savon
Mais dans la haine de l’injustice
Et pour un but incarné comme un champ de blé
Vous avez raison vous avez raison

Mais je sais
Qu’une étreinte fraternelle sans patrie ni parti
Est plus forte que toutes les doctrines des docteurs
Mais je sais
Que pour libérer l’homme des haltères de misère
Il ne suffit pas de briser les idoles
Pour en mettre d’autres à leur place publique
Mais qu’il faut piocher et piocher sans fin jusqu’au fond de l’abcès
Et boire ce calice jusqu’à la lie

On ne libère pas l’homme de son rein flottant
Par une gaine élastique aux arêtes barbelées
On ne libère pas l’homme de son corset de fer
En le plongeant dans un vivier de baleines
On ne libère pas l’homme de ses maudits États
En le condamnant à vie par un modèle d’État

La vérité n’est pas un marteau que l’on serre dans sa main
Fût-ce une main de géant plein de bonne volonté
Mais la vérité c’est ce par quoi nous sommes façonnés
Mais vérité c’est par quoi nous sommes éclairés
Quand par la nuit sans suite les mots jaillissent de nos lèvres
Pour apaiser les hommes suspendus à leur vide

*
La parole qui me porte

La parole qui me porte
Est l’intacte parole
Elle ignore la gloire
De la décrépitude
La parole qui me porte
Est l’abrupte parole
Elle ignore le faste
De la sérénité
La parole qui me porte
Est l’obscure parole
Dans ses eaux profondes
Ma lumière se noie
La parole qui me porte
Est la dure parole
Elle exige de moi
L’entière soumission
La parole qui me porte
Est une houle de fond
C’est une haute parole
Sans frontière et sans nom
La parole qui me porte
Me soulève avec rage

Paul Valet
 

Publié dans Les marcheurs de rêve

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Danièle 30/08/2007 00:04

MERCI beaucoup pour cette découverte..