Plus proche des parias

Publié le par la freniere

Il m’arrive de parler avec des larmes dans la bouche. Plus proche des parias que des chefs de file, j’ai peur de mes frères, d’être en deçà du vrai. J’ai peur de l’espoir aspiré par l’abîme, abimé par la ville. J’ai peur d’être lâche devant la vérité. J’ai peur de l’argent et des raisons d’État. J’ai peur des leurres et des jeux de rôles. J’ai peur du sérieux et des maîtres à l’affût. J’ai peur des apparences et du mensonge des écrans. J’ai peur des tisons dans la fumée des innocents. J’ai peur de l’amour que je n’ai pas donné, des livres jamais lus, des baisers qu’on oublie, de perdre la révolte. J’ai peur de faillir à la tâche d’aimer, à celle du bonheur, à l’espoir des enfants. J’ai peur que la terre ne soit plus notre amie. J’ai traversé debout le rempart des monnaies, des médailles, des honneurs. J’ai affronté les pierres du danger, les morsures, les risques. J’ai vécu sans fortune, sans fontaine, sans gîte. J’ai cherché la lumière où les lits sont des ronces. J’ai plongé mon regard dans les yeux des aveugles. Tout brille et s’éteint, mais la lumière continue. À l’autre bout du monde, un baobab qui pousse a le même langage qu’un érable d’ici. J’écris à la manière d’un vagabond qui transporte sa route avec sa besace. Les fleurs de mon enfance n’en finissent plus d’éclore au bout de mon crayon. Chaque phrase est un pas hors des sentiers battus. Chaque mot vient comme la pluie sur la page assoiffée.

Publié dans Prose

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Danièle 05/09/2007 00:12

.. "Mais la lumière continue"..   La lumière qui rassurait nos peurs enfantines, nos peurs du Noir..  La lumière et toutes ses nuances.. la lumière des ciels si lourds qu'ils plombent la mer.. Mais la lumière quand même..