Quand le soleil paraît

Publié le par la freniere

La nuit a beau s’habiller d’ombre, chaque matin la dénude. Quand le soleil paraît, toutes les fleurs tendent le cou. Les insectes font de même à l’ombre d’une pierre. Les feuilles s’émoustillent et réveillent les arbres. Les oiseaux chantent. Les ruisseaux dansent. Les plantes rivalisent dans une œuvre commune. Si la pierre est muette, le vent est une symphonie. Il sile dans les planches et les trous de verdure. La terre bouge pour imiter la mer. Je m’éveille chaque jour dans une forêt d’images. J’y cherche les cailloux qu’a laissés mon enfance, le message des mousses, la bonté de la sève, la ligne d’horizon où commence la route. Il n’y a jamais rien dans mes valises. Ce que la vie me donne, je le redonne à l’encre. Le peu qui reste me sert de bâton pour appuyer l’espoir.

L’enfance des nuages prend forme dans la mer. Elle fait ses premiers pas sur le sol des vagues. La route ne lit pas ce que le groupe écrit. Elle déchiffre la vie dans les pas de chacun. L’ombre et la lumière sont les ailes de l’œil. Sans elles, les images resteraient dans le nid des paupières. La vue battrait des cils sans prendre son envol. Même la nuit, le soleil intervient. Il ne s’habille que de lumière. Le décolleté des nuages accentue son éclat. La lune est sa robe d’emprunt qu’il range au matin. Sa nudité alors éblouit jusqu’aux fleurs. On doit le regarder dans le reflet des eaux, l’éclat des yeux et le parfum des plantes.

La nuit, les choses portent un habit de deuil, mais la lumière les dévêt. Quand le cœur manque de feu, c’est tout le corps qui gèle. Quand le noir ne sait pas quelle couleur choisir, il cherche la lumière. L’arbre qui accueille l’oiseau lui présente ses branches. Je cherche le poème sous les visages de prose, la mer sur la page, ma mère dans mes mots et les nouvelles fleurs. Si l’enfance n’a pas de mémoire, il reste à la vieillesse tout l’avenir du monde. La rose qui se fane laisse rêver sa tige. Dans la demeure du réel, la toupie cherche la sortie.

Si les mots forment un escalier, ils n’ont que l’air où s’appuyer. Quand je me crois rendu, je découvre d’autres marches. Les mots ont fait de moi un exilé perpétuel. J’arpente sans frontières la géographie de la langue. Il est difficile de parler aux plantes avec leurs propres mots. Il faudrait posséder la bonté des fleurs. Ma présence est celle des absents qui ont manqué le train. J’apprends à semer avec leur main coupée, à rire avec leurs larmes, à voir avec mon corps, à vivre avec mon cœur. Les mots précèdent l’encre sur la page comme la nuit précède l’aube. Je ne veux pas la rive ni le port ni le quai. Je ne veux que la houle. Je veux toucher du doigt la ligne d’horizon.

Publié dans Prose

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jml 23/09/2007 15:18

Merci Danièle pour ta présence et ton intérêt. J'apprécie beaucoup.

Danièle 23/09/2007 00:26

Le petit matin, du haut de son échelle, aperçoit l'horizon du jour..         Juste un barreau de plus, et il verrait au-delà de cet horizon...