Pour te conjuguer

Publié le par la freniere

La distance n’est rien. Quoique je fasse, je sens ta présence. Je ne parle pas, je t’écoute. Je ne marche pas, je marche à toi. Je ne connais pas la route, je suis tes pas. Quand je me sens en manque, j’appelle ta présence. Je t’épèle dans ma chair. Je te conjugue en moi. Notre amour est trop grand pour entrer dans le monde. C’est sa lumière en nous qui éclaire chaque brin d’herbe, chaque lune, chaque mot.

C’est pour toi que je garde en hiver ma tête de juillet, mes mains d’été, mes yeux d’avril. Je me souviens de tout. Tes gestes me réchauffent mieux que le poêle à bois. Les ruisseaux de mes veines s’écoulent vers ta mer. La sève de mes bras me soulève vers toi. Je laisse mon cœur en vue sur ta table de travail. Je laisse mes mains chaudes te servir de drap, mes caresses de robe, mes pas de souliers, mon espoir de route. Ma vie est un voyage de ma terre à ton ciel.

Quand je marche vers toi, je n’ai qu’à suivre la lumière. Si ta main se retire, le monde entier pourrait tomber. Je ne saurais seul retenir sa chute. Il faut être deux pour essuyer le temps, nettoyer l’horizon, nourrir le bétail des mots. Je me promène par ici mais j’ai la tête tournée vers toi, ton cœur en bandoulière, tes pas autour des miens, tes doigts entre mes mains. Ton ventre ondule sous ma voix.

Tu es la plus belle tempête, la plus belle des pluies, la plus belle accalmie. Je glisse dans l’intime de toi pour renaître en aval, en amont, en amant. Le fleuve ouvre son lit pour accueillir le ciel. J’ajouterai des sources à notre confluence, des racines à l’amour, des caresses à la main. Tu marches comme une île sur les vagues d’un fleuve. Tu danses. Tu cadences. Tu condenses le temps en pépites infinies. Quand ton soleil m’aborde, je suis comme un lupin à l’appel du pollen. Je frémis du lichen à la sphaigne, de la tourbe à l’écale, de la racine au fruit. J’ai posé mes pas sur les tiens pour vivre dans ta vie, mettre l’éternité à portée de la main, le bonheur à la voix.

(...)

Nous naissons dans le cœur l’un de l’autre en délicates croissances de lumière. Je t’aime et tourne autour de toi comme le tournesol arrachant ses racines. J’apporte pour ton ciel les saveurs de la terre. Tu tournes dans mes pas pour exaucer ma danse. Dans mon jardin secret, ta rosée multiplie le rire du soleil. Quand tu fais signe au loin, tout mon corps répond à la main qui l’appelle. Seul au milieu de tous, je suis en toi comme en amour. Fidèle au sacré d’une lampe, j’en resterai la mèche qui ne s’éteint jamais. Je garderai ton feu plus fort que le vent
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Publié dans Prose

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