L'autre côté des choses

Publié le par la freniere

Ce ne sont pas les portes qui nous arrêtent, c’est l’invisible. Je voudrais pénétrer l’autre côté des choses, les trous noirs, les absences, les manques, ouvrir les yeux dans les ténèbres et trouver la lumière. Je suis un écolier pendant les derniers jours de vacance mais je ne retournerai pas en classe. Je ferai l’école buissonnière. J’apprendrai le langage des sourds, l’appétit des oiseaux, le langage des fleurs, une écriture en miettes où rapailler la vie. Je ne cherche pas Dieu mais une planche de salut où enfoncer le clou des mots, le monde du miracle, du merveilleux, du simple, l’endroit exact où je dois être.

La nuit n’est pas une lumière négative. Elle porte le soleil sous la doublure des ombres. La foule, ce sont des poules sans tête qui s’imaginent avoir un but. C’est la loi du nombre qui les retient de courir en tous sens. On est toujours surpris quand une mouche nettoie ses ailes. L’étonnement aide à vivre. Le satori est lié aux couleurs, à la lumière, à l’onirisme du vivant. On ne vit pas l’essentiel, c’est l’essentiel qui nous vit. On ne voit pas l’invisible, c’est l’invisible qui nous voit. Si j’arrivais à ouvrir toutes les portes, il resterait toujours une porte à ouvrir.

Les pas rangés dans le placard s’évadent vers la vie, là où les pierres du chemin font briller le soleil. Lorsque le vent se lève les bras des arbres desserrent leur étreinte. Les feuilles en profitent pour danser la samare. La sève gicle sous l’écorce jusqu’à l’ivresse des racines. Les sources se dilatent sous la peau de la terre. L’herbe discute avec les ruisseaux, les galets, les grenouilles. Les libellules se posent sur un tarmac d’eau. Je glisse quelques mots par les trous du silence. L’oiseau ouvre le vent comme une robe d’air. La table est mise pour le chant. Chaque parfum se déverse dans l’autre. Les fleurs échangent leur pollen. Éclat par éclat, éclair par éclair, tant de présences s’ouvrent l’une à l’autre à l’appel du soleil. La vie est une eucharistie qui se passe d’un Dieu.

Chaque oiseau dans son vol ajoute quelques lignes sur la page du ciel. Les couleurs des feuilles se mélangent à l’humus. Le matin fait son lit dans une rangée d’ormeaux. Les samares fugaces sont comme des ailes délivrées. Les petites lucioles émeuvent les montagnes. Dans un panier abandonné j’ai trouvé des voyelles, des ossements d’oiseau, des tiges d’encre pure pouvant encore servir. Avec les sources sous la terre, j’écris des mots humides pour accueillir la soif. Je me retrouve tout entier quand je mange une pomme. Elle remonte à si loin, du grand pommier des astres, de la terre cosmique, de l’âme des étoiles. Je suis en communion avec le moindre atome.

Publié dans Prose

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Danièle 30/09/2007 23:31

Du TOUT qui remplit le RIEN..