Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Le sens de la chasse et du tambour

 

Pour l’instant, ils se contentent de rêver. À l’appui des symboles, ils invoquent le ciel et toute leur manière de vivre sans l’aide du magasin. Sauf les canots, les moteurs, les fusils. Sauf la force du plus fort qui refuse aux autres leur part du royaume. Pour l’instant, ils rêvent d’espace et de chasse à rendre l’âme.

Car ils sont toujours en instance de partir. Autour des maisons à La Romaine, tout l’appareil des départs. Les canots de toile, légers, fragiles, désaffectés mais capables encore de rejoindre le castor à la tête des eaux, là où les moteurs n’ont plus de prise. Aussi les skidous impétueux qui les délivrent de la marche et les dépouillent de la force de marcher. Les traîneaux et les toboggans renversés dans tous les sens et qui servent d’abri contre le vent aux femmes appliquées à cuire la banique dans le sable. La peau d’ours à sécher sur une corde tendue parmi les oripeaux d’une lessive. Et l’estomac de l’ours, bien lavé, qui servira de contenant frigo-seal pour garder la graisse de l’ours (harmonieuse économie). Partout, un incroyable barda incohérent quand il est dépouillé de la marche et du voyage. Mais ils ne partent pas. Ils ne partent plus. Plus jamais. Ou si peu. De plus en plus de moins en moins. Et pourtant, ils commencent à comprendre qu’ils sont en train de perdre à tout jamais ce qu’ils ont de plus précieux à leurs yeux. Ils s’aperçoivent aussi que la sédentarisation n’est pas toujours facile à vivre. Ils affrontent d’autres misères. Dont la bière qui n’est pas facile à exprimer convenablement. Et ils se répètent ce que leur a raconté celui qui a fait le dernier tambour. Le tambour qui autrefois était un instrument de la chasse. Le tambour aujourd’hui qui ne sert plus qu’à jouer du tambour. Et celui qui ferait à nouveau un tambour sur la réserve, il l’offrirait sans doute à la Centrale d’artisanat.

(…)

Pierre Perrault

Publié dans Paroles indiennes

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colette 02/10/2007 17:34

Terrible réalité, terrible constatation " ils ne ne partent plus ...ou si peu. De plus en plus de moins en moins"