Je ne passe à la télé (Québec)

Publié le par la freniere

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JE NE PASSE PAS À LA TÉLÉ

je n’ai pas posé de bombe dans les synagogues parisiennes

je n’ai pas pissé au hasard dans les clubs de tennis de Westmount

je n’ai pas bu du vin à l’intérieur des mosquées

je n’ai pas bandé pour les nues de la Chapelle Sixtine

je n’ai pas forniqué avec le petit Manneken Pis

je n’ai pas fait l’amour sur la tombe du soldat inconnu

je n’ai pas interdit aux gays de vénérer les héros canadiens

je n’ai pas harangué la foule du balcon de l’Hôtel-de-ville

je n’ai pas payé de dîme sur la Main ni sur la rue St-Denis

je n’ai pas incendié l’Église Don Bosco de Port-au-Prince

je n’ai pas protégé Trujillo ni Somoza ni Marcos ni Baby Doc

 

JE NE PASSE À LA TÉLÉ

je n’ai pas joué aux hooligans dans les stades de Belgique

je n’ai pas liquidé à l’Exocet les british sujets de Sa Majesté

je n’ai pas participé à la grande tuerie de La Mecque

je n’ai pas affronté la violence du Temple d’or d’Amritsar

je n’ai pas tranché la gorge de Cass la pute à Bukowski

je n’ai pas troué de balles les poseurs de tapis à Rock Forest

je n’ai pas enfourché la regrettée Simone ni la mauve à Foglia

je n’ai enlevé Terry Waite à Beyrouth-Ouest

je n’ai pas acheté des stéroïdes au Mazda Club ni à Saint-Kitts

je n’ai pas fait le trouble-bière à l’Oktoberfest de Munich

je n’ai pas donné l’heure juste à Jean-Luc Mongrain

 

JE NE PASSE PAS À LA TÉLÉ

je n’ai pas encore tué le rêve humain

en débarquant dans les pays étrangers

je n’embrasse pas le tarmac des aéroports

moi je baise le temps qu’il fait

je souris à la pluie et au soleil

parce que j’aime sentir la vie sous mes pieds

parce que je poétise la terre entière

et je joue dans la rétroactivité des vieilles palabres

et des vieux mots des vieux continents

et des vieux phantasmes de la vieille Amérique

moi je pue le Larousse et le Robert et les vieux cahiers

je masturbe les mots pour qu’ils éjaculent l’essence verbale

je pue la grande folie aux yeux des gens rangés

et je promène ma plume la tête couronnée de fleurs

comme font tous les bons fous de ma bonne ville natale

 

Maurice Cadet     un Haïtien du Lac Saint-Jean

 

Publié dans Poésie du monde

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