Par la main

Publié le par la freniere

Je ne fais pas qu’écrire. Je te tiens par la main, attendant sur la plage la caresse des vagues. Je suis tout contre toi quand tu arroses tes plantes. Tu es dans la salière quand j’épice ma soupe. Tu es dans l’histoire que me content les arbres. Je t’ai aimée. Je t’aime. Je t’aimerai. Tous ces mots sont pour toi. Tous mes gestes conjuguent ta ligne de cœur avec ma ligne de vie, tes doigts avec mes mains, tes pieds avec mes pas. Écrire est un baiser quand je le fais pour toi. T’entendre est une caresse abolissant l’espace. Te lire est une étreinte contredisant le temps. Je n’ai plus en moi-même d’endroits où me cacher. Tu me trouves partout. Ta bouche rejoint ma peau. Tu m’avales. Tu me bois. Ma main court sur toi. Tu acquiesces à ma langue. Tu m’enroules de toi. Plus je te pense plus je t’aime. Plus je te vois plus je regarde. Plus je te touche plus je vis.

Quand je pars, je ne te quitte jamais. J’ai trop besoin de toi. L’amour n’aime pas attendre. Sa patience est celle des fontaines qui ne tarissent pas. La route que je trace relie ton corps à l’horizon. Tu n’es pas Nush d’Éluard, Nadja de Breton, Mathilde de Néruda, Chantal de Velter, tu es ma sauvagesse aux jupes folles, ma gitane aux foulards, ma danseuse de rêve, ma blonde aux yeux manouches. Je t’écris du bout des mots, tout près des larmes du bonheur, depuis le flou d’avant, de par la vague des passions jusqu’à l’amour au pied de la lettre dans l’exact du cœur. Quand tu me parles de trop loin, je tends l’oreille pour mieux te voir. Je recompose tes caresses entre chaque parole.

Je pense à toi à toutes les secondes. Ton amour me soutient. Nous sommes l’un pour l’autre à la fois l’un et l’autre. Tu es le soleil allongeant mes racines. Je suis la pluie alimentant la source. Mes mains sur ton corps ne sont jamais repues ni mes pas dans les tiens ni mes yeux dans l’azur. Le cheval des frissons galope dans les houles d’avoine. Je ne sais où s’en va la lumière mais elle commence en toi.

Notre amour est le vrai texte que j’écris. Tout le reste n’est qu’une parenthèse. J’aime te lire du bout des doigts jusqu’à ta syllabe la plus secrète. Je confonds la musique avec ta chevelure, l’azur avec ta voix, le ciel avec ta bouche. Je ne sais pas où tu commences. Je ne sais pas où tu finis. Je t’habite partout. Je t’écoute au cœur de chaque mot. Laisse courir mes yeux, mes mains, ma bouche sur le paysage de ton corps. Je creuse dans ton corps le lit de ma rivière. Dans le boisé du monde, tu es la rose sauvage au milieu des buissons, la fleur bleue dans les ronces, l’épervière dressant sa coupe d’espérance, la campanule versant sa cruche de lumière sur la croupe de l’ombre.

Ta légèreté s’unit au poids de mes années, l’arc du dos à la flèche du cœur. Ta main pose une route sur ma peau qui monte vers le ciel. La distance n’est plus l’espace qui sépare mais le temps qui unit. Le temple de mes os t’attend pour la prière. Tu vis désormais dans chacun de mes gestes. Je ne peux pas bouger sans penser à toi. Je me souviens de toi quand je mange une pomme, quand je dors, quand je marche, quand je parle ou me tais. Je te retrouve à chaque pas, chaque geste, chaque fleur, chaque vol d’oiseau, chaque photon de lumière émanant des étoiles. Je te guette dans le désir de l’eau. Je te goûte dans le corps du jardin. Tu me conduis au cœur, à la source à la vie.

Publié dans Prose

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article