Le banlieusard (Québec)

Publié le par la freniere

Le banlieusard prenait chaque matin le même train. À la même heure, il s’asseyait à la même place dans le même wagon. Lisant le même journal.

Arrivé à la gare Windsor, il attendait l’autobus 101. L’autobus de la manufacture d’armes où il travaillait.

Dès neuf heures sept, il s’installait à son établi. Astiquant, polissant, ajustant, vérifiant la précision de chaque culasse. Il était culassier comme son cousin était culottier.

Le soir, à dix-sept heures trente-deux, il refaisait le chemin en sens inverse. De la manufacture à sa maison. Où, après un bon repas, il finissait la soirée devant la télévision. Tout en faisant sauter ses enfants sur ses genoux, il regardait d’autres enfants sauter en Bosnie ou au Rwanda. Mesurant l’efficacité de son travail.

Robert G. Girardin

Publié dans Poésie du monde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article