Des mots et de la musique

Publié le par la freniere

Ce texte m'a été inspiré par la lecture de deux romans : Le Dernier Frère ( Nathacha Appanah ) et Indian Tango ( Ananda Devi ).

 
 

Je crois qu'il y a une musique aux mots, c'est difficile à expliquer, à cerner, on ne peut mettre le doigt dessus, c'est comme de la brume, une évanescence, quelque chose d'imprécis et de fort en même temps, comme un pli d'ombre entre deux soleils, quelque chose qui nous bouleverse et nous apaise, d'accessoire et de nécessaire, il y a une musique aux mots et parfois elle est un songe de nuit, une force contenue qui attend d'exploser mais qui pourtant résiste et se love dans l'ardeur d'une audace tranquille, elle est lave qui émerge d'on ne sait quel cratère mais lave toujours sculptée, toujours travaillée pour fonder la splendeur, elle se mêle au crépuscule, quand le monde devient mélancolique, pour tisser une plénitude lancinante ou elle est le surgissement de l'aube quand quelques oiseaux fous et blessés valsent pour signifier que tout n'est pas perdu, elle est un cri qui fulgure dans le ciel une nuée de sang, elle est une prière, l'épicentre d'une possible sagesse, qui s'accorde aux rythmes de l'offrande, elle est un souffle qui déraisonne l'indicible pour l'harnacher à des voiles plus vastes que les mers aux lointains, elle est un pas de deux qui toujours se rapproche du précipice pour s'en éloigner, qui cadence à sa lisière un sens vagabond et inespéré, elle est l'eau limpide du matin, celle qui purifie, celle qui nous ramène à l'absence d'avant la vie, quand tout est plus simple et innocent, elle est la caresse qui disperse dans notre imaginaire les figures d'innombrables devenirs, elle est lyrisme bridé, contenu qui dit en douceur l'essentiel, tout ce qu'il ne faut jamais taire et qu'on a depuis longtemps cessé de voir, elle est écume, la larme d'une étoile assassinée, qui parachève d'édifier des rivages pour les dépossèder, elle est empreinte de lumière qui dissolve tout ce qui précarise la charpente de l'amour, elle est sanctuaire qui longtemps encore résonnera, comme un rappel, une invitation, dans nos mémoires oublieuses, elle est enfin éloge de la beauté et du rêve au défi du passage du temps, de la mort.

 
Umar Timol

Publié dans Prose

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