À flot

Publié le par la freniere

Tu as remis à flot mon cœur tout cassé. Chaque morceau du puzzle s’ajuste sous ta main. Tu as remis le ciel au ciel, le fleuve dans ma voix, l’image dans mes yeux, la fleur dans sa terre, des fruits sur les branches du jour. Ce que j’ai oublié d’écrire me revient en mémoire. Tu me donnes ta voix. Je te donne mes mots. Le ciel fané sur mes épaules se redresse pour toi et s’habille d’arc-en-ciel. Une source jaillit quand je prononce ton nom. Un paquebot de frissons aborde mon rivage. La ligne d’horizon se couvre de baisers. Quand leur tige se dresse, le bleu de l’eau répond aux quenouilles en prière. La grande main de l’espoir a retrouvé ses doigts sous la peau des caresses. La lumière du soleil est en extase devant toi.

Le monde s’éteint quand tu fermes les yeux. Je cherche ta lumière au milieu de la nuit. Je ne peux voir sur la mer que tes pas dans la danse, ton corps sur la terre déployant ses merveilles. La ligne d’horizon épouse la courbe de tes hanches. Ce n’est pas l’hirondelle qui a fait le printemps, c’est toi. Nous remplissons le monde dans notre lit défait. Nous sommes loin et à la fois si proches. Tu apparais. Tout disparaît. Tout est toi. Tout est là. Tout éclot dans un bouquet d’éclairs. Quand je te touche dans la nuit, c’est la lumière qui commence.

Chaque matin, je bois la vie dans la tasse de ton corps. Nous nous frôlons, nous nous léchons comme le feu, deux petites braises sur le plancher de bois. Nous sommes tout l’un pour l’autre, le soleil, la lune, les étoiles. Nous sommes la pluie et les éclairs, les nuages et la mer, les semences et la terre. Sur le papier des pages, je prépare l’étreinte. Les mots auront mes bras pour t’enlacer. Mes phrases auront la courbe de tes hanches. J’écris en braille sur mes lèvres pour que tu lises avec ta langue.

L’amour existe. Je l’ai vu sur tes photos avec ton âme en surimpression. Il a tes yeux, ton sourire, ta peau, la même couleur que ta robe. L’amour a ta beauté, ta présence, ta voix. Le bonheur a ton nom. Je le prononce avec émoi. Je l’épèle en caresses. Je le conjugue au verbe aimer, à tout ce qui nourrit, à tout ce qui sourit.  Ton nom est un voilier. Je souffle des baisers sur la voile du l et nous voguons ensemble. Maintenant que ma main fait partie de la tienne, je peux toucher la vie à l’exact du cœur.

Tu es plus belle tous les jours. Tu rempotes la lumière comme on ramène la terre autour des rosiers. Tu es de l’eau qui lèche les galets. Tu es faite de roseaux, de nénuphars et d’air. Je suis des fleurs sauvages entre les épinettes, de la neige et du froid. Je suis de la pinède, du roc, des rigodons. J’ai trouvé le delta entre tes jambes, ton vestibule, ta chaleur. En pénétrant chez toi, j’ai trouvé la lumière. J’apprends à conjuguer nos voyelles de chair, mes bras avec tes mains, mes doigts avec tes hanches, ma bouche avec tes lèvres, la mort avec la vie, la vague et l’estuaire. Nous dansons toute la nuit, à corps perdu, à gorge déployée, avec la brise du large et le roussi du feu sur nos cuisses emmêlées.

J’ai soif de tes lèvres, oui. J’ai faim de tout toi, oui, oui, oui. Je t’aime en oui dans le grand non du monde. Je t’aime en vagues sur mon fleuve. Je t’aime en ciel sur ma terre. Je t’aime avec ta lampe sur ma nuit, ta langue sur ma peau, avec ta robe rouge qui s’enlève si bien, tes pieds nus sur le sable où je danse avec toi. Tu es belle comme une pomme. J’y croque le bonheur. Je viens à toi comme l’eau à la bouche, la fleur à son parfum, la grappe à la lumière. Tu viens à moi comme la vague à la plage, la sève au bras de l’arbre, la faïence à la terre.

Publié dans Prose

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Commenter cet article

colette 27/10/2007 09:17

Tout simplement  superbe...Le monde ne s'éteint plus quand tu ouvres tes mots !