L'échine de l'être

Publié le par la freniere

Je redresse le feu, l’échine de l’être, la colonne verbale du silence, l’échelle du courage. Je veux vivre, plus que vivre, aimer. Je revendique la bonté. J’écris à pas d’oiseau sur une ligne végétale. Je ne renonce à rien, le grain de pluie, le cœur de braise, la rumeur du songe, un horizon de plumes, les bras de l’arbre questionnant l’horizon. J’imagine l’amibe, la chair des fossiles, les poils du mammouth, le premier cri de l’homme. Je serre contre moi la dentelle de l’air. Parmi les mots mort-nés, à défaut d’alphabet, je garderai toujours les lettres du mot tendresse.

Les vagues de la mer vont plus loin que le ciel. Le vent courbe les feuilles pour rencontrer la vie. J’accueille sur ma peau ce qui dore la paille, le sel de la terre, le verbe des caresses. Il ne faut pas se fier au mutisme des fosses. Pour les vivants doués de mots, il convient de parler sans bâillonner le silence et d’écouter les bêtes quand elles flairent la mort. J’avais imaginé la mer plus grande que le ciel. Je la regarde maintenant avec des yeux de vague. Chaque souffle prend sa dimension dans la respiration du monde. Ma voix n’est qu’un ruisseau qui traverse le bois, parle aux racines, à l’humus, aux galets. Elle remplit de mots le vide au creux des mains.

Le vent secoue les feuilles comme des tapis de prière. L’écriture des nuages en appelle à la pluie dans les déserts de faux sable. Ce qui n’a pas de nom s’écrit dans le silence. Pour ne pas atrophier le muscle de l’espoir, il faut semer sans cesse des voyelles en fleurs dans le jardin des pages, des lettres végétales, des rhizomes de sens, confirmer la lumière alors que tout s’efface. Il y a toujours quelqu’un qui crie derrière les portes, des regards aux fenêtres qui veulent s’envoler, des oiseaux dans les cages qui veulent s’évader. La rose et le couteau s’embrassent quelque fois. Du quotidien au mythe, il y a le souffle d’un baiser, la caresse d’un doigt.

Je vais à la ligne comme à la pêche. Peu importe où elle tombe, la pluie avance en titubant. Le fleuve boit la source pour nourrir la mer. À tant trahir les saisons, même l’hiver nous refuse le gel. Les arbres restent en feuilles plus longtemps que l’automne. La vie se cache derrière l’image. L’écart s’agrandit entre la fleur et son parfum. C’est à l’aube surtout que le jour et la nuit se nourrissent l’un de l’autre, C’est juste avant l’orage que la pluie est enceinte. L’œil qui voit est un miracle. Toute la vie est un miracle. Il suffit d’un son, d’un mot, d’un geste pour qu’une graine germe dans l’immensité.

Publié dans Prose

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lam 04/11/2007 19:23

j'aime beaucoup quand vous écrivez comme cela sur la nature et toute la vie  que vous ressentez , de manière libre et sensible

Danièle 03/11/2007 22:52

C'est à l'aube que la nuit ne voudrait pas mourir..C'est au soir que le jour ne voudrait pas partir.. Vivre ensemble aurait peut-être été leur désir...