Les derniers raisins

Publié le par la freniere

L'invitation à se défaire sera sans prise. Le trouble n'est jamais somptueux, et je n'ai pas le temps d'être civilisée. Ôter les croûtes des laideurs serait inutile, je fabrique des ailes à franchir l'épaisseur urbaine. Je laisse l'entrepôt des vieilles statues, leurs propos comptables. Je fouille déchets et reliques et je remonte au flair vers la première odeur. L'avant produit de surconsommation. Je respire. En phrases ordinaires, je t'écris le crissement sur le papier, ce plaisir de crayon. Drôle de jour sans question où les moineaux mangent les derniers raisins. Je t'écris sans bouteille à la mer, sans chandelle ni craintes. Sans persiflage sur tel ou tel état du monde qui, de toutes façons, ne semble pas avoir envie de changer. Je t'écris du chemin minéral, des mules qui broutent pas très loin. L'austère chemise des heures tombe lentement quoi que je, que tu, quoi qu'ils fassent. J'écris cela, cette belle présence des choses qui ne s'embarrasse pas d'apparences, mais du vivant. Le passant absent a sa place, comme la lumière, à chaque instant changeante. Je t'écris de cet amour-là, que l'on ne peut écrire que dans l'urgence de peur que sa lenteur étonne. La vie n'est toujours qu'à l'essai.

Ile Eniger   Une ortie blanche

Publié dans Ile Eniger

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article