Les étoiles de mer

Publié le par la freniere

à mes petits-enfants

Les hublots des bateaux ont le sourire fendu jusqu’aux oreilles de mer. On voit derrière la vitre des poissons-scies, des requins-marteaux, des pinces de homard, des piquants d’oursin pouvant servir de clous, tout un coffre à outils imprégnés d’eau de mer, des pieuvres au mille bras cherchant des gants sans doigts. Les étoiles de mer se mêlent aux poissons-lunes, le varech au corail.

Sous les saules pleureurs, les feuilles ont l’air d’un mouchoir. Les petits oiseaux viennent s’y moucher le bec. Le vent bute à chaque pierre sur le préau des routes. Il se replie comme un ange déchu mais se relève toujours. Ses genoux saignent mais il ne pleure pas. Il redresse l’échine. Il caresse les arbres. Il fait de la musique sur le violon des branches.

*

L’automne dévalise les portefeuilles des arbres sans rendre la monnaie. Il ne laisse en échange qu’un pourboire de pluie, quelques plumes d’oiseau dans la paille des nids, quelques coups de pinceau sur le bleu des abîmes. Un arc-en-ciel tinte sous le v des outardes, le m des mésanges. Il sert de chapeau-cloche aux nuages timides, de sourdine au tonnerre, de lunette aux éclairs, de sourire aux collines, de parenthèse au rêve.

Les épouvantails ne font peur qu’aux oiseaux de malheur, aux corneilles en soutane, aux quiscales voleuses. Ils font rire les enfants. Ils lèvent leur chapeau au lever du soleil. Ils saluent l’espérance avec des bras de paille, de guenilles et de jute. Ils dansent avec le vent et trompent les abeilles. Des insectes rieurs viennent leur manger le nez.

*

Le fleuve est comme un banc très long où gigotent les vagues. Elles font des signes d’une rive à l’autre, des bye-bye aux nuages. La mer se repose sur un banc de poissons. Le sérieux ne résiste pas aux rires des enfants, aux grimaces des ombres, aux grincements des balançoires, aux chauves dépeignés, aux chapeaux de roue qui roulent et se mettent à voler comme des ovnis rêveurs. Le ciel se soulève comme une robe. On voit sa peau par les trous des étoiles.

Il faut manger le temps comme une horloge en chocolat, une montre à la menthe. La réglisse parfume l’haleine des secondes. Il ne faut pas mêler la peau des aubépines et l’aube des épines, la couleur des roses et la douleur des choses, le poil des garennes et les lapins à piles. Les flocons jouent à la cachette à l’ombre des bonhommes de neige. Quelques oiseaux trébuchent sur la marelle du ciel. Les sorcières cachent la poussière sous les tapis volants. La lumière des étoiles est comme la rosée sur un fil d’araignée.

*

Il faut écrire le mot neige avec de l’encre blanche, le mot blessure avec du sang, le mot nuit avec du rêve, le mot pain au sirop de framboises. Les arbres sont des confidents, des guides, des amis. Le cœur bat la chamade dès que le vent se lève. Les images respirent dans les clins d’œil de neige. Il y a des matins où le soleil se lève sale, mal rasé, les mains moites. Il a passé la nuit à regarder les hommes. Même si on crache au visage des sources, qu’on piétine les fleurs, qu’on habille les roses en treillis de combat, les enfants en adultes, il y aura toujours la vie pour contredire la mort et les fous de village pour répondre aux oiseaux.

Les écureuils parlent un langage d’amande. Ils vont de branche en branche mordre le pain des arbres. Il faut croire aux ballons, aux cerfs-volants, aux gnomes. Ils donnent le sourire aux lèvres de la terre. Ils prennent sans raison des billets pour la lune. Il faut se méfier des grands mots, des majuscules, des tirets. Même le mot silence fait du bruit. Le mot vérité ment sur les pages des missels. Le mot mort a l’odeur des fleurs qui éclosent à peine. L’oiseau des îles meurt quand il touche la neige.

(...)

Publié dans Prose

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Danièle 19/11/2007 00:30

Il faut écrire le mot  Enfant avec des crayons de toutes les couleurs..

jjd 18/11/2007 15:14

il y aura la seule bonne nouvelle qui vaille et qui revaille et qui remaille nos peines et nos joies à partir:      UN ENFANT NOUS EST NÉ !

lam 18/11/2007 11:37

quelle richesse de mots-pensées , qui ouvrent l'imaginaire et témoignent du monde , j 'aime quand l'écriture est comme un conte vibrant le regard allant de la flamme à l'étoile et "l'âme" se sentant comme chez elle à écouter l'autre, parler ...merci de m'avoir mis dans vos lien Lam