Terre Planète Bleue (Québec)

Publié le par la freniere

Pendant que des astronomes exaltés
capturent la lumière des étoiles
aux confins de l’espace
Dans une gare de banlieue
une famille attend un prisonnier politique
séquestré depuis vingt ans
Au même instant
se décroche avec fracas de la banquise polaire
un iceberg bleuté
au long périple océanique
Soudain un orphelin se jette
du troisième étage
pour échapper aux sévices des surveillants
Sur un divan de psychanalyste un homme reste muet
 
Terre Planète Bleue accomplit
son quatre milliards de cinq-cent-six millionième tour
autour d’un Soleil qui achève sa vingt-cinquième révolution
autour de la Voie lactée
 
Terre Planète Bleue
Pendant qu’un cosmonaute
au hublot de sa navette
nomme les continents des géographies de son enfance
un asphodèle germe dans les entrailles
d’un oiseau migrateur mort d’épuisement
sur un rocher de haute mer
Un maître de chapelle
écrit les dernières notes d’une cantate
qui enchantera le cœur des hommes pendant des siècles
Là-bas vêtue de couleurs éclatantes
une femme choisit ses légumes verts
sur les étals d’un marché africain
Sur le divan d’un psychanalyste un homme reste muet
 
Terre Planète Bleue accomplit
Son quatre milliards cinq-cent-cinquante-six millionième tour
Autour d’un Soleil qui achève sa vingt-cinquième révolution
Autour de la Voie lactée
 
Terre Planète Bleue
Où depuis longtemps à chaque printemps le Soleil
ramène les fleurs dans les sous-bois obscurs
Où près d’un buisson un chevreuil agonise
blessé par un chasseur qui ne l’a pas poursuivi
Où seize familles ont accumulé plus de richesses
que quarante-huit pays démunis
Où une mère caresse son enfant mort du sida
transmis à son mari à la fête du village
À la nuit tombée
un maçon contemple le mur de briques
élevé tout au long du jour
Où un navigateur solitaire
regarde son grand mât s’effondrer
au choc des déferlantes
Sur un divan de psychanalyste un homme reste muet
 
Hubert Reeves
 
Chanté par Diane Dufresne sur Effusions
 
 

Publié dans Poésie du monde

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lam 09/12/2007 12:23

moi adepte du tout-monde suis ravi de cet gazouillis de vies gargouillant  sur l'étal et me dit que les laisser parler cette musique diverse entre horreur joie et babil le monde n'en est que mieux paortant , et ne peut on pas planter son regard dans le ciel suivre une dentelle de nuage se muer en comète et fleurir d'une langue transformé amistad L

colette 09/12/2007 10:53

Un texte fort qui ressemble à cet Homme, "oiseau migrateur mort d'épuisement"