Entrevoir

Publié le par la freniere

L’homme finit toujours par souiller ce qu’il touche. Quand on verrouille la porte, la peur bat plus fort sur le battant du cœur. Tout est si vite dilapidé. Le vieillard découpe les heures dans les images de sa vie. Je n’ai pas le petit doigt levé quand je parle des hommes mais j’ai des larmes sur le cœur qui font dans la dentelle, une tendresse d’enfant sous mon poing refermé. Il n’y a pas de sève sans étoile, pas de maison sans porte, pas de baiser sans bouche, pas de meilleur sans pire, pas de lune sans lueur. Il n’y a pas d’ombre sans soleil, pas d’homme sans la femme. Dans les villes saccagées, les bombes déplumées sont les seules à voler. Dans les pays de cendre, seules les flammes ont une âme.

 La vie des jeunes morts, nous ne la voyons pas. Peut-être continue-t-elle plus près de la vraie vie sans compter les années, invisible pour nous comme le chat dans l’ombre et la sève dans l’arbre. On ne voit pas briller les étoiles qui naissent, les fleurs téter la sève dans les tiges fragiles, la géode éclairer au centre de la pierre. Il y a plus de vie dans l’invisible que de vagues sur la mer, que de gestes à la main, que d’images dans l’œil, plus de silence dans une phrase que de mots sur la page. On ne voit jamais tout. On ne fait qu’entrevoir.

Publié dans Prose

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colette 26/12/2007 09:51

pour la tendresse et pour le poingpour le silence et la parolepour la sève et l'amourpour les larmespour le soleilpour le chatles morts,la Vie.JE TE SALUE JEAN-MARC !(me permettras-tu de mettre ce superbe texte et mon bref hommage en ligne demain?Aujourd'hui JJD m'a déjà "gagné" mais avec un autre texte)