LaFreniere&poesie
photo: Michel
Mallet
Salut à tous ! Je ne suis pas présentable, paraît-il. J'ai
habité treize ans avec un loup, c'est vous dire. Chez moi il y a des vaches qui volent, des pierres qui pondent, des oiseaux que l’on trait et les montagnes de roches voyagent en camion. Ailleurs
je ne sais plus trop bien si les trains partent à l'heure, si les chenilles chantent ou font du pouce. Quand il pleut, les arbres explosent en silence.Je n'ai qu'un bac en rues, en trottoirs, en
tavernes, un doctorat d'espoir. J'ai pris les mots où ils étaient, dans
la bouche et la rue, loin des grammaires, des dictionnaires et des académies. J'ai appris à écrire dans les tavernes et les restaurants cheap, sur le skaï des minounes et les toilettes de
gare. J’élève des poules pour pondre des poèmes. Et même des lapins dont je me sers des oreilles pour capter la parole. J’écris à grandes pelletées de phrases qui font un bruit de
terre en tombant. J'écris au fil à plomb. Je
me nourris de terre, de pollen, de cailloux. Je ramasse les virgules dans les armoires aux feuilles et l'eau blanche des songes dans la paume des rochers. Je mange les pépins pour renaître en
pommier. Je trace l'étoile du Berger dans la laine encore fraîche. J'arrache les larmes au cimetière, les minutes à l'horloge. Je promène un jardin au bout d'un baluchon.Ce matin je me suis posté
pour aller vous rejoindre. Je serai dans l'enveloppe. La boîte à malle s'est perdue. Le facteur s'est pendu. La postière est enceinte et ce n'est pas de moi. J’ai toujours écrit sans savoir
comment ni pourquoi. Je continue pour les mêmes raisons.
Jean-Marc La Frenière
les mots
Haches
Qui cognent et font sonner le bois,
Retentir les échos !
Échos partis
Gagner les lointains comme des chevaux.
La sève
Comme des larmes coule comme
L'eau s'évertue
A rétablir son miroir
Au-dessus du rocher
Effondré, retourné
Crâne blanc
Que mord la mauvaise herbe.
Après des années je
Les retrouve sur le chemin –
Secs, sans cavalier, les mots
Et leur galop infatigable
Quand
Depuis le fond de l'étang, les étoiles
Régissent une vie
Sylvia Plath est née en 1932, près de Boston. Elle perd son père, Otto, en 1940. Elle est étudiante au Smith College. Dépressive, elle fait une première tentative de suicide en 1953. En 1955 elle obtient une bourse pour Cambridge, en Angleterre où elle fait la connaissance en 1956 du poète Ted Hughes, qu'elle épouse. Ils reviennent à Smith College puis à Boston. En 1960, naissance de leur premier enfant à Londres. Ted et Sylvia achètent une maison dans le Devon. En 1962, naissance de leur deuxième enfant et séparation. Sylvia se suicide le 11 février 1963.
Extraits de sa bibliographie en français :
Ariel, Editions des Femmes, 1978
La Cloche de détresse, Gallimard 1987, nouvellement publié dans la collection l'Imaginaire.
Carnets intimes, la Table Ronde 1991,
Journaux 1950-1962, Gallimard 1999
Arbres d'hiver précédé de La Traversée, Poésie Gallimard 1999.
A signaler : Valérie Rouzeau a consacré un livre à Sylvia Plath dans l'excellente collection anthologique Jean Michel Place/poésie. Chronique
Plusieurs pages sur le site de Lire dont celle-ci, consacrée au couple Teh Hughes/Sylvia Plath
Lire aussi la fiche des Birthday Letters
Un grand article sur l'autobiographie chez Plath (en PDF) par Taïna Tuhkunen-Couzic de l'Université de Nantes
tous les liens concernant Sylvia Plath (en anglais)
J'écris avec la terre, Éditions Chemins de Plume, Nice, 2012
La matière du monde, Éditions Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, 2012
D'un mot l'autre