Des coeurs mis à nu

Publié le par la freniere

Les arbres ont donné congé aux feuilles. Les alouettes sont en vacances. L’églantier recoud leurs nids avec ses épines. Il faut nourrir les mots, leur donner l’eau des puits, l’arrondi des noisettes, le ventre plat des pages, la craie des tableaux noirs, la chair douce du rêve, des ailes de papillons sur un corps de rocher, leur promettre des jours qui ne seront pas tristes. Il faut mouiller les mots qui sèchent sur les murs, leur donner du papier, de l’encre, des couleurs, arracher aux idées leur treillis de combat, leur tunique aux idoles, faire la cour aux tilleuls. Il ne faut plus mentir aux bêtes d’abattoir. Le vent reste assis sur une balançoire. Le bois s’habille de verglas pour accueillir la neige. Il faut donner aux mots des pour, des pour qui, des pourquoi. Pourquoi la peur et la douleur ? Pourquoi la vie ? Pourquoi la mort ? Il faut donner aux mots des questions sans réponse, des acacias très verts, des cœurs mis à nu. J’agis comme un enfant, c’est une défense contre la mort. Quand je porte une montre, il finit toujours par retarder. Il faut donner aux mots la douceur des doigts, la peau des mains, les lèvres d’une bouche. Il faut donner de l’encre au rire des images, de l’espoir à la nuit, de la tendresse aux hommes. Il faut donner aux mots l’insistance des vagues, un kiosque à sourires, un chapeau de caresses. Il faut donner aux mots des milliers de petits yeux, des élans de candeur, un vélo rouge à deux selles, les formules échappées du grimoire. Le vent mélange les saisons, les couleurs, les sons, le bas de la nuit avec le haut du jour. Les hommes terrés dans leur peau, engoncés dans leur froc, les plages aux doigts de sable, les enfants turbulents, les fillettes trop vieilles, les vieillards trop jeunes, les femmes aux seins dressés, au ventre d’espérance, aux lèvres de chanson, les hommes debout, les hommes à genoux ont besoin d’autres mots. Il faut donner aux mots la bonté, la lumière et la joie.

Publié dans Prose

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article