Je ne fais que t'aimer

Publié le par la freniere

  Tu es vouée aux anges et à la pluie. C’est ainsi que je t’aime. Nous sommes confluents. Nous redressons les vagues. Nous soutenons les rives. Nous marchons de naissance en naissance. Je te serai fidèle comme je le suis aux mots. Attends-moi, toujours. Je suis déjà en toi avant que tu m’appelles. J’entre dans l’eau. Je laboure la terre. Je ne fais que t’aimer.

  Les mots glissent par terre. Nous les suivons. Je viens à toi de la part des lilas, de l’herbe fraîche, de l’eau bleue des ruisseaux, du comptoir à épices. Je te laisse des mots dans l’assiette ébréchée. Mes yeux voyagent dans le noir. Je refais mot à mot la forêt, les fougères de givre, les traces de chevreuils, le ventre de la terre resté si rond. On ne peut pas aimer du bout des doigts. Les caresses ont besoin d’amplitude.

 

  Tu verses ta lumière dans la tasse des gestes. Mes yeux y boivent ta tisane. Les lignes de mes mains se souviennent de tout, la douceur de ta peau, le grain de ta voix, ton pouls fragile de pétale, ton cou de fleur penchée sur l’espérance. J’écris mieux devant ta photo. Je raccorde les violons qui faussent et les ailes boiteuses des oiseaux. J’enfile en collier les mines cassées des crayons, les plumes de geai, les nuages et les fleurs. Je trace l’invisible dans la dentelle du givre. Le goût du pain m’importe plus que les dernières nouvelles. La couleur de ta robe a plus de vérité que l’encre des journaux. J’écoute la chorale dans la cage thoracique des forêts, le chant des ruisseaux, l’allégresse des feuilles. Les boutons d’or qui s’ouvrent laissent entrevoir les muscles de l’humus, les éclats du pollen, toute la nourriture de l’air.

 

  Je ne sais pas encore comment j’ai pu te rencontrer. Il y a tant de portes que je n’ouvre jamais. Je te connais pourtant depuis si longtemps, bien avant ma naissance. Quand j’ai les yeux fermés, il suffit que tu parles pour que je voie. Chaque fois qu’un oiseau atteint la note bleue, c’est ta parole que j’entends. Jamais ensemble, jamais séparés, nous vivons l’un dans l’autre. Je traverse l’hiver sur un vélo d’été. J’aimais déjà ton âme. Aussitôt que je t’ai vue, j’ai désiré ton corps. Tu brûles en moi comme une langue de feu.

 

  Il y a plus beau que la beauté, il y a toi. Il en est de la neige comme des fleurs qui s’ouvrent. Quand la pluie tombe, elle me parle de toi. Ici, dans les montagnes enneigées, on ne perd jamais le Nord, on se perd en lui comme je me perds en toi. Chaque chose a son contraire. Tu es mon double intime. Je me retrouve en lui comme je me trouve en toi, comme le o sur le e au centre du mot cœur.

 

  Il y a dans ce qui nous sépare, tout ce qui nous unit. Nous ne sommes pas maîtres de l’amour. Il nous prend toujours à l’improviste comme deux notes qui s’embrassent en dehors des portées. Je rêvais d’être aimé, comme si cela suffisait pour vivre. Je vis maintenant que tu m’aimes. Il n’y a plus d’ombre devant toi. L’amour simplifie tout.

 

  Il faut beau comme le silence. Chaque mot fond sur la langue. J’écris avec l’odeur de la neige flottant sur l’encre, celle des pommes sur la nappe, la couleur des « merci », la rumeur des sources dans les lignes des mains. Je fais du feu quand l’homme refroidit. Je fais du pain. Tu es la mie dans les pierres du jour. Tu es l’amie des vagues, la sœur des étoiles, la mère des secondes. Je dessine la mer au bout de mon crayon.

 

  Peu importe où je dors, je me réveille en toi. Mes mots resteront toujours posés sur ta peau. Je t’écrirai jusqu’aux racines, jusqu’aux étoiles. Le soleil, ce matin, imite ton sourire. Je caresse ton vent avec les bras des arbres. Je garde tous tes mots dans la pliure du cœur. Mes bras courent vers toi bien au-delà du temps. Je te voudrais tout contre moi, dans moi, sur moi, autour de moi.

 

  Je n'écoute plus les ondes courtes du monde. Je syntonise le cœur. C'est dans le rêve que je vis. Je m'éveille à peine pour aller vers toi. Tu rêves toi aussi avec les mêmes yeux. Blottie en toi comme une chatte, tu restes transparente. J'existe, je le sais, plus loin que l'infini. Il suffit que tu m'aimes. Tous mes silences courent vers toi à la recherche de tes mots. Quand je ferme les yeux, c’est pour être avec toi. Quand je ferme les bras, c’est pour te rassurer. Lorsque je rêve à toi, la neige reverdit sous la babiche des raquettes. J’entends la sève monter vers le prochain printemps. Je surveille le ciel où ton cœur bat des ailes. Je te rejoins déjà quand j’écris que je t’aime. Tu es l’aube dans mes yeux, le sommet de mes bras, le ciel de mon corps. Tu ensemences l’air de tout ce que je vois.

  Je t’aime de partout, de loin comme de près, de l’infime à l’infini, du réel au rêve, de l’encre à la chair, de la pierre au pollen, de l’atome à l’étoile. J’accueille ton île dans la baie de mes jambes. Ma voix cherche ta voix à chaque bruit de vague. Je cueille dans le verger des fruits qui te ressemblent. Quand il pleut, je garde quelques gouttes dans la poche du vent. Nous les partagerons en miettes de bonheur.

  J’affute mes caresses au tranchant du présent. Je t’attends le cœur à bout de bras. Je t’écris à corps et à cœur. Je glisse sur ta page comme un sang d’encre bleue. Notre amour fleurit en feuilles transparentes traversées de pollen. Tu es l’éclair océanique précédant mon tonnerre. Tu es comme l’eau, l’air et le feu. Je ne respirerais plus sans toi. Je ne chanterais plus sans toi. Je n’aurais plus jamais chaud sans toi. Tapi dans un cahier vivant, je te lis jusqu’au bout avec mes propres mots.

 
 
 

Publié dans Prose

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Daniele 16/01/2008 00:11

J'écoute sur les ardoises du toit, les notes de pluie.. Elles sont les bémols de ta voix..Superbe, votre texte...