Grand-ma

Publié le par la freniere

L'enfant, penché sur le bois patiné de la grande table, s'applique à écrire. L'apprentissage est laborieux qui penche sa tête, attentif. Une pendule fait son chemin d'heures. Grand-Ma tricote. Parfois elle regarde par-dessus l'épaule de l'enfant, l'encourage.
- C'est beau, c'est bon.
L'enfant lève la tête, soupire un grand coup satisfait, et demande,
- C'est quoi beau ?
- Et toi ? tu penses que c'est quoi, beau ?
L'enfant réfléchit, concentré sur des images. A l'intérieur.
Dehors, le ciel prépare un orage. Des zébrures métalliques paraphent une colère.
- Le ciel énervé, c'est beau, dit l'enfant, et les nuages sur le dos du vent.
Il chantonne,
- Le chat qui fait semblant de dormir, le sent-bon du café le matin, la laine en couleurs dans tes tresses, tes yeux quand tu penses à Grand-Pa, le baiser du soir qui empêche la peur, c'est beau.
Maintenant la pluie tombe, grosse, drue.
- Les fenêtres pleurent, dit l'enfant.
- Non, elles lavent leurs yeux, répond Grand-Ma.
Un morceau de soleil tombe net sur le perron. La porte ouverte de la cuisine laisse passer des odeurs nouvellement arrivées. Un air frais entre avec des roulades d'oiseaux.
L'enfant montre le pré fluorescent.
- Les gouttes d'eau sur la tête de l'herbe, c'est beau.
Grand-Ma range son tricot, prend une casserole.
- Et le lait qui bout pour le goûter, c'est beau, dit encore l'enfant.
Il rit. Il dessine des cœurs dans la buée des vitres. Une lumière orangée frise autour des traces mouillées.
- C'est beau, dit Grand-Ma.
Soudain sérieux. l'enfant demande,
- Et bon ? Grand-Ma , c'est quoi bon ?
Elle sourit et il fait jour au-dessus du fourneau.
- C'est l'amour qui est bon.
La bonté ? C'est la terre qui te porte sans jamais se plaindre de la blessure de tes pas.

Ile Eniger


 

Publié dans Ile Eniger

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