Le grand large (France)

Publié le par la freniere

Le grand large des bois qui les cernait arrivait jusqu'à leur oreille porté sur une espèce de musique basse et remuée, un long froissement grave de ressac qui venait des peuplements de sapins du côté des Fraitures, et sur lequel des craquements de branches au long d'une brisée de bête nocturne, le tintement d'une source, ou parfois un aboi haut qu'excitait la pleine lune montaient par instants de la cuve fumante des bois. A perte de vue sur la garenne vague flottait une très fine vapeur bleue, qui n'était pas la fumée obtuse du sommeil, mais plutôt une exhalaison lucide et stimulante qui dégageait le cerveau et faisait danser devant lui tous les chemins de l'insomnie. La nuit sonore et sèche dormait les yeux grands ouverts ; la terre sourdement alertée était de nouveau pleine de présages, comme au temps où on suspendait des boucliers aux branches des chênes.

Julien Grack

Publié dans Poésie du monde

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