Roses et ronces (Québec)

Publié le par la freniere

Rosace rosace les roses

roule mon cœur au flanc de la falaise

la plus dure paroi de la vie s’écroule

et du haut des minarets jaillissent

les cris blancs et aigus des sinistrés

 

du plus rouge au plus noir feu d’artifice

se ferment les plus beaux yeux du monde

 

rosace les roses les roses et les ronces

et mille et mille épines

dans la main ù la perle se pose

 

une couronne d’épines où l’oiseau se repose

les ailes repliées sur le souvenir d’un nid bien fait

 

la douceur envolée n’a laissé derrière elle

qu’un long ruban de velours déchiré

 

rosace rosace les roses

les jours où le feu rampait sous la cendre

pour venir s’éteindre au pied du lit

offrant sa dernière étoile pour une lueur d’amour

le temps de s’étreindre

et la dernière chaleur déjà s’évanouissait

sous nos yeux inutiles

 

la nuit se raidissait dure jusqu’à l’aube

 

rosace les roses les roses et les ronces

le cœur bat comme une porte

que plus rien ne retient dans ses gonds

et passent librement tous les malheurs

connus et inconnus

ceux que l’on attendait plus

ceux que l’on avait oubliés reviennent

en paquets de petites aiguilles volantes

un court instant de bonheur égaré

des miettes de pain des oiseaux morts de faim

une fine neige comme un gant pour voiler la main

et le vent le vent fou le vent sans fin balaie

balaie tout sauf une mare de boue

qui toujours est là et nous dévisage

 

c’est la ruine la ruine à notre image

 

nous n’avons plus de ressemblance

qu’avec ces galets battus ces racines tordues

fracassées par une armée de vagues qui se ruent

la crête blanche et l’écume aux lèvres

 

rosace les ronces !

 

rosace les roses les roses et les ronces

les rouges et les noires les roses les roses

les roseaux les rameaux les ronces

les rameaux les roseaux les roses

sous les manteaux sous les marteaux sous les barreaux

l’eau bleue l’eau morte l’aurore et le sang des garrots

 

rosace les roses les roses et les ronces

et cent mille épines !

 

roule mon cœur dans la poussière de minerai

l’étain le cuivre l’acier l’amiante le mica

petits yeux de mica de l’amante d’acier trempé

            jusqu’à l’os

petits yeux de mica cristallisés dans une eau salée

de lame de fond et de larmes de feu

pour un simple regard humain trop humain

 

rosace les roses les roses et les ronces

il y avait sur cette terre tant de choses fragiles

tant de choses qu’il ne faillait pas briser

pour y croire et pour y boire

fontaine aussi pure aussi claire que l’eau

fontaine maintenant si noire que l’eau est absente

 

rosace les ronces

ce printemps de glace dans les artères

ce printemps n’en est pas un

et quelle couleur aura donc le court visage de l’été ?

 

Roland Giguère

Publié dans Poésie du monde

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