Quelque chose

Publié le par la freniere

Quelque chose vient qui doit venir. Les pas qu’on entendait se rapprochent des pieds. Les gestes courent au devant de leurs mains. Les phrases attendent, la bouche ouverte, avec leurs lèvres d’alphabet. L’autre côté du mur déborde à l’horizon. L’envers se retourne et l’ombre nous dépasse à l’insu du soleil. Le temps s’arrête et puis repart. Les pas d’un chevreuil retrouvent leur départ. Les gants perdus trouvent une main sans savoir si c’est la bonne. L’espace est en apnée. La mémoire s’en retourne, le futur à l’épaule. Quelque chose survient pendant le décalage. La musique continue quand l’orchestre s’arrête. Dans les trous noirs des trous noirs une lumière s’allume. Des étoiles s’éteignent en retrouvant la vie.

Quelque chose s’ajoute au mobilier mental. On a mis le couvert sur la table, des fleurs dans les pots, des neurones en compote. Des habits sans personne plient et déplient leurs coudes. Des vestons se prennent par la manche dessous les chapeaux vides. Un poignard de théâtre assassine pour de vrai. On trouvera le corps au milieu du décor, le cœur entre les dents et les mains en prière. Le vol d’un oiseau prend la forme d’un œuf dans le grand nid du ciel. Un 9 se dresse au milieu des voyelles comme un orant de foire. Les chiffres des comptables s’effacent des bilans. On retrouve le 2 caché dans un poème. L’âme, l’esprit, l’idée ont rendez-vous dans la chambre du cœur. Rien n’est venu qu’un marchand d’illusions. Quelque chose vient. Quelque chose d’autre. Quelque chose vient toujours nous ouvrir les yeux, une flûte inconnue, un hasard, un désir.

C’est moi maintenant qui dois bercer mon père et ma mère quand ils se lèvent en moi. Quelque chose doit venir, devrait venir. Toujours quelque chose frappe à la porte. La porte elle-même frappe à la porte. Qu’elle soit ouverte ou fermée. Quelque chose bouge entre la tasse et le café. Chaque goutte de pluie nous parle. Les arbres disent quelque chose que nous n’entendons plus. Quelque chose fait des taches sur la soie de la nuit. Quelque chose frissonne entre chaque voyelle. L’indicible chuchote. Le plein se cache dans le vide. L’invisible soutient l’ossature des lignes sous la peau des images. Le temps se froisse avec le bruit de l’eau. Les secondes sont des vagues. Dans le silence des chiens, j’entends japper un os. Les étoiles sont des fleurs lointaines. Nous sommes des abeilles dans le pollen astral. J’allume les images avec mes yeux brûlés.

Publié dans Prose

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