Comme une bêche

Publié le par la freniere


Comme une bêche brisée sur le dos de la terre,
ce fil trop grossier pour le chas d'une aiguille,
cette parole debout sur les balbutiements

comme une pêche pourrie avant d'être mangée,
ce visage perdu dans la galerie des glaces,
ce silence couché sur un tapis d'ordures

comme une paume durcie par l'absence de caresses,
une pomme qu'on mange sans pouvoir y goûter,
un homme qu'on musèle avec sa propre voix

comme un sourire ouvrant sur le piège des dents,
la blessure d'un mot enveloppé de mensonge,
la semence coulant vers le ventre du pire

comme une veine fuyant les battements du cœur,
le vol d'un oiseau en haut de la potence,
le sang versé que boit la page d'un journal

comme un acteur se tait en attendant Godot,
un poème qu'on range sans l'avoir fini,
un chanteur muet qui étonne les sourds

comme un sommeil en chien de fusil
qui tire sur le rêve,
le bruit d'un poing qui frappe un enfant,
un verre plein de soif à côté d'un mourant


...





Publié dans Poésie

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