Dans la langue des chiens

Publié le par la freniere


S'il faut une couleur
à l'encre sur la page
qu'on me traduise en fleur,
en caresse, en baiser,
en jargon de galet,
en rime de Cadou,
en ver dans la pomme.

S'il faut du son
dans mon silence,
de l'avoine dans ma tête,
du rire dans mes yeux
qu'on me traduise en pleur,
en nuage de rêve,
en cheval au galop,
en murmure de source,
en grosse bûche d'érable
ou en fétu de paille.

Je ne veux pas de rose
qui n'aurait pas d'odeur,
pas d'épine,pas de sang.
Je ne veux pas de prose
dans les rimes d'enfant.
Je ne veux pas de pose
dans le sang noir du doute.
Je ne veux pas d'un homme
qui n'aurait pas de peine,
pas d'épaule, pas de coeur.

S'il manque une musique
à mes maigres bagages
qu'on me traduise en bruit,
en guitare, en cigale,
en coffre de jouets
oublié par la vie,
qu'on traduise mon bouquet
de fausses notes
en opus de Bach.

S'il faut une basse-cour
à mes coquilles vides
qu'on me parle en oiseau
éclairé par le ciel,
qu'on traduise ma voix
dans la langue des chiens,
qu'on accroche l'amour
à mes grelots déserts,
qu'on me traduise en miel
dans l'espoir des abeilles.



Publié dans Poésie

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