L'éboueur

Publié le par la freniere


Je garderai la neige

dont l’hiver ne veut plus,
les pétales fanés
que rejette l’abeille.
Je garderai la nuit
entrebâillée sur l’aube.

Je garderai les mains
que l’on n’a pas serrées,
le germe des caresses
dans le terreau du corps,
la peau des arbres
quand ils muent
et l’arôme des fleurs
que l’on ne cueille pas.

Je garderai les rêves
que refuse la nuit,
les papiers fous qu’on brûle
et qui dansent au vent.
Je garderai cette eau
qui coule entre nos doigts
et la bague rouillée
sur l’index du temps.

Je garderai l’oiseau
qui vole en boitant,
la route qui s’égare
sous les pas des enfants.
Je garderai les poings
qui éclosent en fleurs,
les yeux des mûres noires,
les genoux ronds des îles.

Je garderai le temps
qui arrête les montres,
l’espace qui déborde,
l’espérance qui manque,
les larmes d’une enfant
pour sa poupée sans bras.

Je garderai les rides,
les blessures, les joies,
les chênes qui résistent,
les saules qui sourient.
Je ne garderai rien
du rêve des comptables
ni le salaire des juges
ni le remords des dieux.
Je garderai la vie
et le rire des fous.



Publié dans Poésie

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