Pour en finir avec la mort (extrait)

Publié le par la freniere


(…)

Après tant de mots lus, après tant de mots dits,
sous ma peau de vieil homme je ne suis qu’une ébauche.
Nous ne vivons jamais que le temps qu’un feu brûle,
que l’été d’un bourgeon dans l’arbre qui le porte.
Dans l’espace ou le temps ne serais-je toujours
que l’homme qu’on conduit à son propre silence,
que celui qu’on convie à la noce des autres,
l’amant qu’on éconduit de sa propre parole?
Ce ne seront ces mots que des ombres de plus
sur la page où s’enfuit ce qui reste à écrire.
Ce ne seront ces phrases que des mains sans caresse
où s’engloutit le chant d’être à soi sa clôture.
Ce ne seront ces pages que le reflet des choses
dans les yeux d’un aveugle,
un poème sans fin que rature le temps.
J’habite ma peau nue comme un habit d’emprunt
et mes amours anciennes me servent de béquilles.
Séparé de chacun par ma propre parole
je resterai l’absent sur les photos de famille
plus longtemps que les yeux ne le verront jamais.
Séparé des objets par les mots qui les nomment
je m’éloigne de moi comme un fruit de sa fleur
qu’on ne peut plus cueillir sans en blesser le cœur.
Je me perds à chercher la durée dans les mots.
Le mot fleur se fane sans même laisser d’odeur
et le mot fruit pourrit sans connaître la faim.
Le mot fin se termine avant que de s’écrire.
Me restent dans la gorge le hoquet de mes rimes
et ce roman d’amour que je n’ai pas fini.
(…)


Publié dans Poésie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Danièle 21/02/2008 00:43

OUI  " absolument merveilleux "..

Ile 20/02/2008 16:52

Ce poème est absolument merveilleux !