LaFreniere&poesie
photo: Michel
Mallet
Salut à tous je ne suis pas présentable paraît-il. J'ai
habité treize ans avec un loup, c'est vous dire. Chez moi il y a des vaches qui volent, des pierres qui pondent, des oiseaux que l’on trait et les montagnes de roches voyagent en camion. Ailleurs
je ne sais plus trop bien si les trains partent à l'heure, si les chenilles chantent ou font du pouce. Quand il pleut, les arbres explosent en silence.Je n'ai qu'un bac en rues, en trottoirs, en
tavernes, un doctorat d'espoir. J'ai pris les mots où ils étaient, dans
la bouche et la rue, loin des grammaires, des dictionnaires et des académies. J'ai appris à écrire dans les tavernes et les restaurants cheap, sur le skaï des minounes et les toilettes de
gare. J’élève des poules pour pondre des poèmes. Et même des lapins dont je me sers des oreilles pour capter la parole. J’écris à grandes pelletées de phrases qui font un bruit de
terre en tombant. J'écris au fil à plomb. Je me nourris
de terre, de pollen, de cailloux. Je ramasse les virgules dans les armoires aux feuilles et l'eau blanche des songes dans la paume des rochers. Je mange les pépins pour renaître en pommier. Je
trace l'étoile du Berger dans la laine encore fraîche. J'arrache les larmes au cimetière, les minutes à l'horloge. Je promène un jardin au bout d'un baluchon.Ce matin je me suis posté pour aller
vous rejoindre. Je serai dans l'enveloppe. La boîte à malle s'est perdue. Le facteur s'est pendu. La postière est enceinte et ce n'est pas de moi. J’ai toujours écrit sans savoir comment ni
pourquoi. Je continue pour les mêmes raisons.
Jean-Marc La Frenière
Roger Lahu a un demi siècle, est père de deux enfants, roule dans une AX diesel avec 250 000 km au compteur: aucune autre certitude «établie».

un type – la cinquantaine.prof de collège.
habite en campagne.marié.deux enfants –
qui roule en Citroen AX 1.5 d qui coupe
du bois avec son merlin au manche jaune vif garanti à vie
qui roule ses cigarettes – les meilleures dit-il c’est à la pêche en
qui aime bien boire coteau du Layon ou du bourbon
manger une pintade fermière du pot-au-feu rustaud ou même
une tranche de rumsteack
il a hérité de sa grand-mère un vieux hachoir à viande pour
faire pâtés et terrines
il écoute du jazz les Stones Lou Reed des raga une chanteuse
du Tadjikistan
qui s’accompagne au dotar ou un concert d’oiseaux
il écrit aussi des poèmes contes des jours ordinaires Roger
Au plus prés, Le dé bleu, 1998
A la leur,Comme ça et autrement éditions, 1999
Winter train blues, Comme ça et autrement éditions, 2000
Les advenus, Atelier de Villemorge, 2000
Chorus autour d’un puits, avec F Cottet, Editions Le chat qui tousse 2001
Intimement séparé, Gros Textes éditions, 2001
Faites comme si je n’étais pas là, Carnets du Dessert de Lune, 2001
Non voyages, le Pré carré, 2002
36 poèmes pré-posthumes, le Pré carré, 2002
Méprises de vue, Editions Le chat qui tousse, 2002
Matériaux pour un poème en hiver, L’impertinente, 2002
CD seul trace du« Poème de La lecture au Pannonnica de Nantes », Maison de la poésie Nantes, 2004
Les anguilles, ed. Le dé bleu,2005
Le décor de l’envers, ed. Carnets du Dessert de Lune, 2006
It doesn't stop,Wigwam, 2007
Des pas dans la neige sans neige, Potentille, 2007
•Ouvrages Collectifs
« Le dit », de JP Dubost, Bibliothèque St Herblain, 2002
« Moments impertinents », Comme ça et autrement, 2003
« On y mit », livre d'artiste, - Le petit jaunais/Maison de la poésie Nantes, 2004
« Avec mes yeux », photographies d'Y Lecoq, editions En Forêt, 2007
Numéro spécial Reverdy de la revue Triages, 2008
•Essaye d’adapter en français l’œuvre poétique de son ami nippon Hozan Kebo une dizaine de plaquettes disparues aux non-éditions Smiling Trout
•A créé, animé puis trucidé le poezine « Noniouze » 17 numéros parus
•Anime depuis 2005 avec JC Belleveaux et Yves Artufel la revue « Liqueur 44 » 9 numéros parus
• « Ouvre fenêtre » sur ce site (plaidoyer pour l’oignon, « aux larmes, citoyens »
•Textes accueillis dans les revues, revuettes, poezines & autres feuilles suivantes :
A la Machine / Alpes vagabondes / Comme ça et Autrement / cahier d’ écritures / Comme en poésie / Cotcotdi /Coup de soleil / Contre-Allées / Décharge / Du poil au genou / Gare
Maritime /Glanes / Gros Textes /Interventions à haute voix / L’échappée belle / Lettre de sortie de secours / Le Matin Déboutonné / Le Polème /Libelle / Microbe /
Moloch /Neige d'aout / Nu montant un escalier ? / N 4718 / Noniouze / Ouste ! / Petite / Parterre Verbal / Quimper est Poésie / Rétroviseur / Sémaphore / Traces
/Traction-Brabant / Troxx
ce qui advient dans le poème au noir
est vrai
comme le bec jaune d'un merle
crochant un ver:
un éclair de mort-vie
sans liesse
donnez-moi une ombre
une ombre très lasse
et qui stagnerait en lourde paresse d'ombre
un coup net d'un rasoir
de lumière
comme une saute d'espoir
ou sursaut d'agonie
et ça serait un soir
de vieil automne
pourrissant
et il n'y aurait rien
à redire
même la pure clameur bleue
de ce soir d'été
n'y peut rien
depuis des jours le ciel roule
insolemment
ses épaules bleu cru
au-dessus de l'ardoise
grise et mince et piètre
des toits voisins
l'ardoise
j'ai pris son parti
sans hésitation
je parie sur son opiniâtre
résistance
je mise tout ce que je ne possède pas
le ciel et son bleu et ses coups d'été vainqueur
il ne fera jamais le poids
il ne tiendra jamais
je le sais bien
qu'on gagnera par jet d'éponge
pluvieuse d'automne
l'ardoise et moi
c'était un combat gagné
d'avance
le ciel bleu cru des étés
c'est qu'un rouleur
de fausses mécaniques
D'un mot l'autre