La matière

Publié le par la freniere

C'est d'un cahier ouvert sur le coin de la table que je ne dirai rien. Les jeux, les séductions, les germes d'artifices, j'y pense quelquefois mais le rien quotidien porte tant et encore que mes pensées se taisent, que mes mains se dénouent. Se pousse l'illusion. Le simple me rattrape. L'éternuement d'un chat, le sang d'un géranium, une jacinthe pâle accouchée de la nuit, la mer à ma fenêtre. Toute chose accoudée à la table du jour. La grâce de ce peu décape l'inutile, épingle des fous rires sur la pince des lèvres. Et nettoie les outils. La soupe dans le bol, le repos de la terre, écrivent mieux que moi une lettre d'amour. L'hiver est un cadeau quand les gestes s'épuisent. La pointe du crayon a troué mon papier, la lumière s'engouffre dans le moindre interstice. Dans cette odeur dressée, je renifle la matière et son bruit de sonnailles. C'est un temps de très près. Paysanne penchée sur la vigne des mots, j'écoute la patience dans les lignes du bois, je touche le présent et ce qui dit je t'aime.*

Ile Eniger


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Ce texte a été mis en musique et chanté par Robert Cuffi.

Publié dans Ile Eniger

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Danièle 12/03/2008 00:20

Sans voix ... Tous ces mots cueillis dans l'authenticité de la matière sont si beaux, si forts..... 

jml 09/03/2008 17:14

voilà Ile, notre Île, courtisée de tous les côtés la fenêtre en bois de frène endormi qui rêve à sa forêt natale et qui gémit les carreaux en sable cuit les rayures d'hirondelles le géranium accouche sur la Méditerranée un écureuil cherche un trésor enfoui devant sa fenêtre Île écrit une moustache du chat pour toute plume le monde a la taille de ses yeuxAaron de Najran