De toi

Publié le par la freniere

Tout le monde crie, hurle et mange du voisin mais je ne vois que toi au milieu de la foule. Nous sommes enlacés, toujours, étonnés d’être là dans les bras l’un de l’autre. Nous ne nous cherchons plus. Nous sommes partis sans laisser d’adresse dans cette partie du monde qu’est l’amour. La lumière nous rattrape et grignote la nuit. Un seul mouvement de toi suffit à m’étourdir, un petit doigt levé, un souffle dans mon cou, un mouvement dans l’ombre éclairant jusqu’au cœur. Je bois la pluie dans tes cheveux.

Les oreilles dans le crin, le cœur à l’épouvante, sous ma peau d’ours mal léché, j’ai retrouvé pour toi les bonnes manières à table, les caresses quatre étoiles, la dentelle des gestes, le cristal de Bohème dans mon armoire à glace. Je viens comme un pommier pour te chanter la pomme, des racines à la fleur, du pépin jusqu’au cidre. Je viens comme un coq de clocher couver tes œufs sans perdre le nord. Je viens comme un homme te prendre dans mes bras. Ta lumière coule sur ma peau.

J’avais le cœur coupé en deux. Tu as recousu l’ombre avec la lumière. Que m’importe la mer si ce n’est de cette île en plein ciel portée par tes mots doux. Tout l’amour du monde s’y réfugie. Pour te voir, j’ai des couleurs dans les yeux. Mon pays, c’est ta chair et tes os. Ton âme, c’est ma vie. Mon regard, c’est la courbe de tes yeux, tes seins nus, mon église. Mon destin, c’est ton ventre amoureux. Je te regarde manger, lire ou écrire et je trouve ça beau. Je t’écoute parler et j’entends la musique. Tu bouges comme du Bach. Tu danses comme l’eau.

Comment décrire ton regard ? Les mots sont trop petits. Tous mes sens à l’affut, j’y guette l’infini. Mes mains sont des feuilles où tu restes à l’abri. Tes seins chatouillent mes nervures. Quand tu ouvres ta chemise, c’est une floraison qui envahit l’espace. Tu embaumes les mots que je voulais te dire, les gestes que je fais, les baisers que je donne. Je te prends aux mots mais ce n’est pas en mots que je te prends. Tu m’as offert le feu au milieu de la neige. Rien n’est assez fort pour nous séparer.

Je presse ta main qui presse la mienne. Je goûte sur ta peau la saveur d’être là. Tu fais chanter ma barbe au passage des doigts. Je tisse dans mes yeux ton regard en écho. Le soleil brille enfin. Ta mer a su lever des vagues généreuses, une île pleine d’émois que je remplis de toi, tout un jardin à fleur de chair. Je t’apporte les arbres avec leurs trous d’oiseaux, le plus court chemin de la terre au soleil, le fleuve qui se lève et submerge ses rives. Mon sang trouve sa voie jusqu’au muscle du cœur. Ma bouche trouve sa voix jusqu’au tympan de l’âme. Ma soif trouve son eau jusqu’à la source même.

L’univers est moins vaste que ton doigt sur ma peau. Le monde entier est moins grand que tes yeux. La ligne de tes hanches fait la terre plus ronde. Nos mains comme des navettes tissent la toile du désir. Elles vont et viennent sur le fil des jours, de la pelote du cœur au lainage de l’âme, du fuseau des caresses aux mailles de l’extase. Blottis dans notre amour, nous n’en finissons pas de renaître au bonheur.

C’est pour toi que je chante. J’ai arraché les clous sous les pas de ma voix. J’ai remis d’équerre mon manche de guitare en jouant sur tes hanches. Tu as fleuri mes branches au milieu de l’hiver. Tu as remis du sang dans la chair des mots et du feu sur la neige. Le vent caresse les nuages d’un grand pinceau de lait. Je vois le jour à travers toi. Je vois la mer dans tes yeux. Je touche au ciel par tes mains. Tu n’as jamais connu les chaînes. Tu n’as jamais compris la haine. L’amour est dans ton sang. Lorsque nous nous aimons, je mérite mon corps. J’agrandis l’horizon.

J’oublie tout ce qu’on dit les livres. J’apprends à lire sur ta peau. Ne laisse pas tes yeux trop loin de mon visage, je ne verrais plus rien. Ne laisse pas tes bras trop loin de mes épaules, je serais plus rien. Nous regardons le monde par la trappe des rêves. Je t’aime plus que les autres. Je t’aime mieux que tous les autres hommes. Chacun de nous porte l’autre dans l’âme, les yeux ouverts à ce qu’il voit, le cœur battant à l’unisson. C’est ensemble que nous mettons le feu au catalogue des misères, à deux que nous tissons la catalogne du désir. Nos bras et nos mains se font dans la distance des caresses réelles. Chacun de mes gestes n’est qu’un pas vers toi. Ni l’espace ni le temps, ni les mots ni le silence n’y peuvent rien, nous nous aimons

Publié dans Prose

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