Sans arme à la main

Publié le par la freniere

Quand l'arc se détend, la cible se tend. Il n'est pas vrai que l'homme soit méchant. On ne naît pas avec une arme à la main. Ce sont les lois qui font les crimes. L'argent a déréglé les battements du cœur. On marche sur la lune pour y trouver de l'or. On détraque la terre pour trouver du pétrole. Les images font la grève sur les panneaux-réclame. On perd dans les chiffres ce que savent les mots, l'étoile mise à nu dans le limon du monde. L'espoir est mort sous un éclat d'obus en cherchant le soleil dans une flaque de boue. Chaque seconde retarde dans la marche des montres. La vitesse de la pensée n'atteint jamais celle du rêve.

Des micros dans les fleurs captent la fréquence odorante du monde. J'écoute le silence des cailloux et le chant des mésanges sur les fils téléphoniques. Tous les objets du monde ne valent pas la peau qui s'étire au soleil, le lézard amoureux qui lorgne la lézarde. Ça y est, le diable est aux vaches. L'espérance est enceinte. L'hiver cherche sa tuque sur les poteaux de clôture. Une lumière se cache dans l'enveloppe verbale. Quand elle éclate, l'esprit noir des mots retrouve la parole. Les voyelles entrent en moi comme dans un moulin et font de mon rictus un pitre d'impudeur. Au milieu du réel, mes yeux regardent ailleurs et tuent les protocoles.

La planète tout entière est à la fois minuscule et grandiose. J'ai repris pour moi les arguments de la pluie, les raisons du soleil, la thèse végétale des bois, la foudre ponctuant le paysage du ciel. J'apprends à me jeter dans le vide avec le parachute des mots. Le cerf-volant d'une parenthèse traîne la vie derrière sa queue. Des voyelles tournent autour en essaims d'oiseaux fous. Des virgules s'échouent sur le bord de la marge. Il y a des échecs plus nobles qu'une victoire. Lorsque les mots se taisent, le temps devient plus lourd. Les bras cloués aux tâches veulent incendier les planches. Un immense feu de joie embrase l'horizon. Il faudra s'habituer à dépasser les bornes et s'attendrir au moindre vol d'oiseau.

Les rêves sentent le pétrole et laissent un mauvais goût sur le rebord des choses. On ne sort pas de la banque sans y perdre son âme. On ne quitte pas le rêve sans une claque sur le cœur qui laissera des bleus. Les oiseaux grichent dans les arbres comme un soleil aux piles usés. Le bonheur en habit du dimanche attend l'huissier qui saisira ses meubles. On le retrouvera au bureau d'aide sociale avec des bras trop longs pour la grandeur des manches et l'appétit trop gros pour une miette de pain. J'ai couru trop longtemps. Je ne vais pas plus vite que la sève dans l'arbre. Je ne fais plus la queue aux portes des magasins.

J'ai trop perdu de doigts dans les bagarres de la vie, dorénavant je garderai ma main pour les caresses. Pas un châssis ne ferme dans la maison de l'âme. Le vent passe en voleur éparpiller les choses. Les fleurs décollent sur le papier des murs. Le bois travaille à crochir les moulures. L'amour se cogne le nez sur la porte d'en arrière. Les idées courent sur le solage comme des souris d'ordinateur entre les stores qui ondulent et les portes qui claquent. Au fond des garde-robes, de vieux fantômes bêlent à l'abri du lainage. On croit entendre Dieu, ce sont des clous qui pètent, éclatés par le froid. Il faudra s'habituer à laisser les portes ouvertes et placer les fenêtres à hauteur de l'espoir. Sans tenir compte des accrocheurs d'étiquettes, j'avance comme un verbe, une phrase dans chaque pied.

Publié dans Prose

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