Un même cri

Publié le par la freniere

Je viens chez toi reconnaître ma terre. Tu viens chez moi t'approprier mon fleuve. J'apporte un peu de neige à tes seins ivres de soleil pour qu'ils se dressent de bonheur. Nous marchons silencieux dans la prière de l'aube. Nos caresses protègent les paroles sacrées. Tu tournes vers le sud mon regard de neige. Je mords le soleil à même ta peau nue. Je n'ai rien à cacher. Mot à mot, geste à geste, j'efface les ratures. Je recopie au propre le brouillon de ma vie. Chaque phrase tremble sous tes yeux et se remet à battre. Le cœur de l'encre trouve sa chair.

Quand tu ouvres les yeux, je plonge dans la mer et ses reflets d'eau vive. Je lis ton corps du bout des lèvres. Je le feuillette comme un ciel aux italiques tendres. Ceux qui espèrent se nourrissent de vent. Ceux qui aiment se nourrissent de vie. Nous n'en finissons pas de rompre à deux un quignon d'infini. Chaque miette fait chanter la gorge d'un oiseau. Je ne vis plus dans l'ombre. Ta lumière alimente l'espace tout autour.

Laisse entrer mon éclair dans ta maison de femme. L'orage est amoureux. Mes nuits blanches n'auront plus froid. Le livre des poussières aura des lettres d'or. Je veillerai sans crainte, découpant des poèmes, épelant des fruits mûrs et pelant des oranges dans le son de ta voix. J'irai beaucoup plus loin que le oui et le non, au-delà des étoiles, au-dedans du bonheur. Derrière les montagnes, tous les nuages parlent de toi. Je suis dans l'eau du bain pour être près de toi, dans la soupe et le pain, l'odeur de la tisane qui caresse ta bouche.

Lorsque nous sommes face à face, ta passerelle s'abaisse jusqu'à moi. J'y monte au septième ciel où tes seins m'auréolent. Affamées d'absolu, mes racines grimpent jusqu'aux cimes. Tu es si transparente. Je passe à travers toi comme on entre à l'église. Je me recueille dans ta nef pour trouver l'absolu. Je ne cherche plus la route ailleurs qu'en nous-mêmes Le soleil brille enfin sur les vaisseaux de l'ombre. Je suis bien. Je pense à toi. Tu simplifies l'éternité. J'aime ta bouche sur mon cou. Lorsque j'écris, toute ta beauté envahit la page. Les mots importent moins que mon regard sur toi. Quand je regarde par la vitre, la neige parle de toi et de toi seule. Je reçois sa lumière comme une grande caresse. Il suffit de toi pour remplir le monde.

Il ne fait jamais nuit quand tu dors avec moi. Nous faisons l'ange ou le démon. Nous sommes la terre mêlée au ciel, le pollen et le sel, les caresses du vent sur un duvet d'oiseau, les marques de la soif sur l'épaule du pain, le rire des poètes dans la prose des jours, une rosace de lumière sur le noir des pavés, un lierre de silence grimpant le mur du son, un tatouage d'éclairs sur la peau de la nuit. Nous faisons l'amour à tout moment.

Lorsque je parle seul, j'emplis ma bouche de tes mots. Je mets tes gestes dans les miens. Je m'habille de toi. Chevauchant l'horizon, une ligne de vie relie nos parallèles. Tes pas arpentent mes cahiers et remplissent les lignes. J'écris dans ton écho, en ponctuant d'espoir les pages du silence. Peu importe le froid qui embue les fenêtres, ta chaleur dessine sur le givre les gestes du soleil. Ton rêve trace dans la nuit l'itinéraire du sommeil. Ta présence veille en moi. Ta lumière agrandit le cercle de la lampe et porte mon regard au-delà de la nuit. Nos yeux regardent ensemble vers les mêmes étoiles.

Quand je t'ai vue, la première fois, le rêve est devenu réel. J'ai su tout de suite où nous allions. Nous n'avons jamais vécu séparés. Tu étais là dès le départ. Ma force vient de toi, la tienne vient de moi. Il me suffit de toi et moi. Il me suffit de nous pour renaître sans cesse. On ne s'épuise pas de s'épouser. Il n'y a plus de début ni de fin. Il n'y a que nous. Il y aura toujours nous. J'aime la terre à travers toi. Toutes les étoiles nous aiment. J'ai vu le monde renaître à travers notre amour. Lorsque tu pars en laissant ton odeur, tout l'entourage vit de ta présence. Quand tu reviens, l'ombre des choses devient lumière. Je n'ai de route que tes pas. Pour dire la beauté, je n'ai qu'à te nommer.

Publié dans Prose

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