Arriver (France)

Publié le par la freniere


(...)
arriver c'est toujours débarquer
on arrive un matin
un soir
une nuit
les odeurs tout de suite
les langues inconnues
les êtres étonnants
les codes brouillés
les signes ignorés
les lettres illisibles
les mots imprononçables
les phrases amicales
tout ce qu'on ne comprend pas
tout ce qu'on aime tant
et puis voici les villes
les villes femmes
les villes mystérieuses
les villes secrètes
les villes envoûtantes

voici les villes qui se donnent au premier regard
celles qui font leur toilette dès le matin
celles qui attendent le soir


voici les villes bavardes
les villes insolentes
les villes négligées
les villes débraillées
voici les villes élégantes
les villes amoureuses
les villes cultivées
voici les villes ouvrières qui se lèvent tôt
les villes frivoles qui ne se couchent pas
voici les villes qui sentent le café grillé, le tilleul
celles qui sentent la banane, l'oranger
le miel, la mûre sauvage
d'autres le bois brûlé
d'autres le marronnier
ou le poisson séché

il y a les villes de Noël
les villes de Printemps
les villes de tout le temps

et puis voici les bars enfumés
on joue sa vie aux dés
avec des femmes ivres maquillées
avec des truands
avec des dieux
les bars de la peur aux portes dérobées

et puis voici les matins barbouillés
humides des whiskys de la nuit
les matins chiffonnés comme draps bataillés
amers comme café bouilli
gris comme nuit d'insomnie


voici les matins aux idées pâteuses
les matins comme il y a des matins
les matins enroués quand aucun mot ne passe

et puis voici les matins croustillants
tendres comme des croissants chauds
les matins d'harmonie
les matins de 14 Juillet
les matins sucrés
les matins bleus de vacances
la mer étincelante au pousser des volets

certains soirs
du fond de l'horizon
les images remontent
comme flux de marée
coefficient 118
on remonte les draps
roulé par la marée
des souvenirs nacrés
(...)

Francis Ricard

 

Publié dans Poésie du monde

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