C'était à peine hier (Québec)

Publié le par la freniere

le temps s'est fait plus lourd
c'était à peine hier
tout juste le passé
avant cette vie l'espoir
et la bonté qui s'annonçaient
alors parmi nous

tu passais tu parlais
ces derniers combats
ont rougi notre corps
effarés les gestes indélébiles
des jours et des semaines
        au dernier printemps

que faire maintenant
de ces heures vides
        mortes de naissance
et de torpeur moite
que faire que dire de ces déserts d'ombres
qu'il nous est donné de connaître sur la terre

tout est à reprendre
ces enfants dans les rues sales
aux villes démentes ces enfants
d'un prochain monde et
de plus tard et d'ailleurs
avec quels yeux dans quelle amertume

tourneront-ils une fois encore
une fois seulement leur regard
vers cette misère cette peine
où nous serons tombés de servitude
et de fureur brisés par la rage
par l'inquiétude au deuil des nuits
ayant perdu les traces
des soleils de toute lumière

l'âge sur nous s'allonge
pour ne rien prendre ne rien offrir
        ne rien effacer
sur ce chemin calmé
par les larmes
        et l'immense aurore

à d'autres encore à ceux-là
que tu attendais qui de toujours
        n'arrivent plus
à ceux-là nous abandonnerons
cette seule ardeur
de mémoire et de sang
insurgés

Luc Racine

Publié dans Poésie du monde

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