Vendredi 2 mai 2008

Quand leurs ailes sont vides, les anges boitent aussi, les deux pieds sur la terre. L'homme dresse des murs, des écoles, des prisons, des banques. Malgré tout, il y a toujours quelqu'un pour regarder la mer, pour parler aux oiseaux, pour nourrir un enfant. Quand les étoiles s'éteignent, elles brillent dans nos yeux. Il y a sous notre peau des pétales de fleur, de la poussière de lune, des sédiments de pierre, des souvenirs d'écailles, ce que l'on aurait pu, ce que l'on ne voulait pas, l'éclat du premier feu, la cendre du dernier. Les yeux ne suffisent pas pour voir ni les mots pour écrire. Assis dans la cour, j'élève des cailloux, des cigales, des rigoles. J'élève la voix à la hauteur des branches sans tromper les racines. Je lève l'espérance à la hauteur du cœur. Je baisse les paupières pour regarder le ciel. Je hisse l'absolu sur le fil du réel. Le cœur dans la terre rejoint la tête en l'air. Même l'oiseau sur un fil peut perdre l'équilibre. Il préfère le ciel pour étendre ses ailes.

La pluie se dissout dans l'épaisseur des arbres. Le vent révise les copies de l'air sans corriger ses fautes. Le chasseur et la proie s'accouplent dans la faim. Comment lire les mots qui brûlent sans fumée ? Lorsque je tends la main, il y a toujours un doigt qui fait la sourde oreille. Lorsque lundi devient mardi, il y a longtemps déjà que je suis vendredi. Je cherche l'horizon sur le puzzle des nuages, la petite ligne bleue grignotée par la lune, la trame rose et pâle laissée par un avion, le vol d'un oiseau affolé par l'orage. Quand la terre dégèle, des odeurs d'enfance remontent à la surface et traversent le temps.


La pluie qui tombe nous élève. L'arbre qui monte nous emporte avec lui pour remercier le soleil. Je préfère aux grains du chapelet les grillons qui égrènent la nuit et les grains de mais qui craquent sous la dent. Le jour est mystérieux tout autant que la nuit. Un rêve reste assis sans qu'on puisse le voir. Quand il se lève, il est déjà trop tard pour écouter sa voix. À force de marcher les yeux fermés, l'homme ne se rend pas compte qu'il y a plus de lumière que de noir. Il cache le néant sous des néons géants. Chaque geste devrait être une façon d'apprendre à aimer. La faim n'a pas besoin de la preuve du pain. Elle a besoin de pain. Un jour ou l'autre, l'infini quittera le fini. L'indéfini rira des réponses toutes faites. Les clefs de l'alphabet ouvrent toutes les portes sauf celle du silence.

par la freniere publié dans : Prose
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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