Lafreniere&poesie

Salut à tous je ne suis pas présentable paraît-il. J'habite avec un loup, c'est vous dire. Chez moi il y a des vaches qui volent, des pierres qui pondent, des oiseaux que l’on trait et les montagnes de roches voyagent en camion. Ailleurs je ne sais plus trop bien si les trains partent à l'heure, si les chenilles chantent ou font du pouce. Quand il pleut, les arbres explosent en silence. Je n'ai qu'un bac en rues, en trottoirs, en tavernes, un doctorat d'espoir. J'ai pris les mots où ils étaient, dans la bouche et la rue, loin des grammaires, des dictionnaires et des académies. J'ai appris à écrire dans les tavernes et les restaurants cheap, sur le skaï des minounes et les toilettes de gare. J’élève des poules pour pondre des poèmes. Et même des lapins dont je me sers des oreilles pour capter la parole. J’écris à grandes pelletées de phrases qui font un bruit de terre en tombant. J'écris au fil à plomb. Je me nourris de terre, de pollen, de cailloux. Je ramasse les virgules dans les armoires aux feuilles et l'eau blanche des songes dans la paume des rochers. Je mange les pépins pour renaître en pommier. Je trace l'étoile du Berger dans la laine encore fraîche. J'arrache les larmes au cimetière, les minutes à l'horloge. Je promène un jardin au bout d'un baluchon. Ce matin je me suis posté pour aller vous rejoindre. Je serai dans l'enveloppe. La boîte à malle s'est perdue. Le facteur s'est pendu. La postière est enceinte et ce n'est pas de moi. J’ai toujours écrit sans savoir comment ni pourquoi. Je continue pour les mêmes raisons.
jean-marc la frenière
Ma folie je veux dire ces accès de poème
Qui me montaient parfois comme une fièvre obscure
Je la cachais rageur la secrète brûlure
Sous des masques bon teint pressentant l'anathème
Mais j'entendais la voix celle de l'intérieur
Celle qui vient du sang des veines et des artères
Triturant forcené dans mon vocabulaire
Les mots incandescents qui diraient ma fureur
Et les heures et les jours les mois et les années
Et les adolescences et les maturités
Tout cela passe vite et le temps vous surine
Coin du bois dans le dos d'une lame assassine
Va je m'y suis brûlé à tous ces incendies
A tous ces feux de paille allumés dans ma vie
J'y ai brûlé d'amour autant que de révolte
Mais qui sème son Chant son seul écho récolte
O tout brinquebalé dans l'ornière des routes
Au long de ces années poussières envolées toutes
Ces nuits toutes ces nuits trouées de braseros
Quand le cœur bat de l'aile là bas plus loin plus haut
Quel ange aveugle en moi planta sa banderille
Et quelle flamme bleue dans mes circuits grésille
J'en sais si peu l'ami sur cette étrange affaire
Mais le peu que j'en sais m'empêche de me taire
Jean Vasca
D'un mot l'autre