Si peu de mots

Publié le par la freniere


Pendant que la tendresse enlève ses souliers et marche dans l'eau fraîche, l'argent fait le paon aux starting-blocks avec ses yeux de sniper et son maillot commandité. Pendant que la tendresse accompagne le cours d'un ruisseau, l'argent suit le cours de la Bourse. Pendant que la tendresse s'accroupit derrière un buisson, l'argent tire la chasse comme on tire du gun. Il ne faut plus se fier à l'herbe verte. On y a mis des pesticides. Il se peut qu'il n'y ait plus un seul endroit qui ne soit pas contaminé. Dans les arbres des villes, on a beau secouer les branches, pas une plume ne vole, pas un seul bruit d'aile. Tous les fruits ont le même goût, celui de l'or et du papier monnaie. Le mot tintinnabule se perd dans les chiffres et les bulles de savon. Branchée sur les écrans de contrôle, transpercée par les antennes paraboliques, la motte de terre ressemble à une pelote d'épingles. J'ai si peu de mots à offrir en partage dans la rumeur du commerce. Mes phrases tiennent de peur en affrontant le vent. Le ciment de la langue s'effrite sous les affiches murales. Endettée jusqu'aux oreilles, le parole titube dans la colonne Débit. Même les ailes des oiseaux n'arrivent plus à rembourser le ciel.

Publié dans Prose

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Alice 21/05/2008 16:19

oh comme tu écris là... ça me touche à chaque fois.