Une clef

Publié le par la freniere


Je cherche la mesure entre le trop plein et le pas assez. La maison de mes bras n'est plus qu'une fenêtre. Les mots sont une clef ouvrant toutes les portes. Une fleur qu'on arrose de vin n'en sera pas plus gaie, mais qu'elle dresse la tête et c'est le vin qui chante. Il est difficile de marcher sans que les pieds perdent leurs pas. Lorsque je dors, la tête sur la page, mes mots gardent la gueule ouverte. Les étoiles pétillent. La nuit cligne des yeux. C'est comme du champagne dans le grand verre du ciel. Il suffit d'une graine pour déplacer la terre, qu'un nouveau-né arrive pour refaire les chambres. Ais-je grandi, ais-je appris quelque chose depuis l'aube illettrée ? Je marche sur un fil secoué par le vent. Il n'y a pas de mots pour les réponses. Ils posent les questions. Il y a tant d'incrédules. Pour avancer dans l'homme, le rêve emprunte ses pattes à la réalité. Il marche de guingois parmi les épluchures ou les étoiles de mer, les pions sur l'échiquier jamais à la bonne place, quatre cases trop loin ou deux cases trop près. Je ne veux plus passer mon temps à réparer les pots cassés ou assortir les morts avec les robes de deuil. Qu'importe les honneurs, les comptes en banque, les victoires, l'homme n'est jamais plus vivant que dans le ventre de sa mère.

Je crois à la disparition des chiffres, la précision des gestes, la douceur des caresses, l'insoumission des humbles, l'énergie de l'erreur. Il faut qu'on y parvienne. Je ne crois pas au monde définitif, la mort d'un côté et de l'autre la vie, les larmes dans les yeux, les rires dans la gorge. Je crois aux mots qui changent de place dans les livres d'images, aux armes qui s'enrayent, aux chaises qui sourient derrière notre dos. Je crois au romantisme des fougères, à la sagesse des tortues, aux soldats qui désertent, aux taches d'encre sur la page. Je ne crois pas aux factures d'épicier, à la foi des soutanes, aux lois de la raison. Je crois à l'impensable, l'imperçu, l'impossible, au monde qu'on perçoit par un stylo qui fuit. Je ne crois pas aux grandes questions mais aux petites réponses. Les fleuves et les racines se moquent des douaniers. Tous les oiseaux vadrouillent à leur guise au dessus des frontières. La porte mène aux clefs, le dedans au dehors, le plus petit au plus grand. La vie est un manteau qu'on boutonne en courant. On compte sur le temps pour ajuster les manches. C'est à fleur de peau que l'on touche la profondeur du monde.

Publié dans Prose

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poete 23/05/2008 17:12

bonjourpuisque tu aimes les mots je t'invite à venir decouvrir http://palmiereveur.forumparfait.comje suis sur qu'il te plairaamities!

23/05/2008 08:12

Mmmm ! C'est toujours un régal. Tout particulièrement le champagne dans le grand verre du ciel. J'ai quand même un peu sursauté à "(...) l'homme n'est jamais plus vivant que dans le ventre de sa mère." Il me semble qu'en général, ta poésie affirme plutôt le contraire.