Une miette de bonté

Publié le par la freniere


Il n'y a plus d'objets qui traversent le temps. L'homme se fabrique des amours en kit, des larmes virtuelles, des rires de pacotille. Il ne donne plus son corps, il le prête ou le vend. Qu'attend-il donc les yeux rivés sur l'écran lumineux ? Il va sans voir, sans savoir et prend pour des réponses les nouvelles du soir, les paroles en voix off annonçant les aubaines. Il croit saisir le temps sur des photographies. Il dilapide le rêve pour amasser des sous. Ce qui n'existe pas passe de main en main. Si la sueur est vraie, les promesses sont fausses. Le plus petit atome se marchande à la hausse. Il faut parfois fermer les yeux et voir par le cœur. L'eau intérieure s'assèche sans une épiphanie. Si la jeunesse ignore ce que c'est d'être jeune, elle ne saura pas plus ce que c'est de mourir. Nous portons tous en nous l'histoire entière de l'homme. Les pierres aussi la porte sans en faire une loi. Les étoiles ont du tact. Elles brillent mêmes mortes pour nous laisser vivants. Mon ombre est si fidèle qu'elle se couche avec moi. Elle se lève au matin comme un chien qui a soif. La vie est une brouette que je pousse en douceur, un landau d'espérance, un bateau de papier qui affronte la mer. Face aux armes braquées, aux banques détraquées, le cœur n'est qu'un bouclier de verre mais la lumière le traverse. Les mots du matin imprègnent la soupe du midi et le civet du soir. Je déplie mon regard comme une nappe d'images. Oublions pour un temps les blessures et les haines. Les gestes sont plus lents, les regards plus intimes en face d'un enfant. Il redresse le monde avec ses doigts qui sondent. Dans un million de langues, il n'y a qu'un mot pour l'amour. Il ne faut pas le dire en vain. Qu'une miette de bonté ensemence nos pas et c'est déjà mieux vivre.

Publié dans Prose

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