LaFreniere&poesie
photo: Michel
Mallet
Salut à tous je ne suis pas présentable paraît-il. J'ai
habité treize ans avec un loup, c'est vous dire. Chez moi il y a des vaches qui volent, des pierres qui pondent, des oiseaux que l’on trait et les montagnes de roches voyagent en camion. Ailleurs
je ne sais plus trop bien si les trains partent à l'heure, si les chenilles chantent ou font du pouce. Quand il pleut, les arbres explosent en silence.Je n'ai qu'un bac en rues, en trottoirs, en
tavernes, un doctorat d'espoir. J'ai pris les mots où ils étaient, dans
la bouche et la rue, loin des grammaires, des dictionnaires et des académies. J'ai appris à écrire dans les tavernes et les restaurants cheap, sur le skaï des minounes et les toilettes de
gare. J’élève des poules pour pondre des poèmes. Et même des lapins dont je me sers des oreilles pour capter la parole. J’écris à grandes pelletées de phrases qui font un bruit de
terre en tombant. J'écris au fil à plomb. Je me nourris
de terre, de pollen, de cailloux. Je ramasse les virgules dans les armoires aux feuilles et l'eau blanche des songes dans la paume des rochers. Je mange les pépins pour renaître en pommier. Je
trace l'étoile du Berger dans la laine encore fraîche. J'arrache les larmes au cimetière, les minutes à l'horloge. Je promène un jardin au bout d'un baluchon.Ce matin je me suis posté pour aller
vous rejoindre. Je serai dans l'enveloppe. La boîte à malle s'est perdue. Le facteur s'est pendu. La postière est enceinte et ce n'est pas de moi. J’ai toujours écrit sans savoir comment ni
pourquoi. Je continue pour les mêmes raisons.
Jean-Marc La Frenière

Les Voleurs de Feu, Action poétique, tract
Abonnement: 15 euros
Maison des associations 29233 - Cléder
Tél. Yann Orveillon: 02 98 69 45 89

Au sommaire de ce numéro :
- Poèmes écrits par des étudiants et ouvriers anonymes en mai 68
- Gilbert Joncourt: "En avance", poème
-Bernez Tangi, poète breton: "L'herbe de l'oubli", poème
-Jean-Marc La Frenière, poète québécois: "Un temps de balles perdues", "Manquablement" et "On nous a tout volé", poèmes
- Gaston Miron, poète québécois: "La force des idées", poème
- Marie-Josée Christien: Présentation d'un travail critique à propos de "Pages de Bretagne", "Tristan Cabral l'insoumis"
- Tristan Cabral: MAI 1968 (que vous pouvez lire sur DANGER POESIE, en cliquant sur Tristan Cabral dans le sommaire), poème
- Denise Bernhardt: "Faut-il mourir d'être poète", poème
- Isabelle Mély: "Sarkozy a raison!"
- Benoît Mély: "Laïcité: un mot fantôme qui doit reprendre chair"
- Isabelle Mély: "On ne parle pas impunément la langue des vainqueurs"
- Morgan Orveillon: "Désert" et "Le Prince Bleu", poème
- Marie-Lise: "Autre-ment", poème
D'un mot l'autre