LaFreniere&poesie
photo: Michel
Mallet
Salut à tous je ne suis pas présentable paraît-il. J'ai
habité treize ans avec un loup, c'est vous dire. Chez moi il y a des vaches qui volent, des pierres qui pondent, des oiseaux que l’on trait et les montagnes de roches voyagent en camion. Ailleurs
je ne sais plus trop bien si les trains partent à l'heure, si les chenilles chantent ou font du pouce. Quand il pleut, les arbres explosent en silence.Je n'ai qu'un bac en rues, en trottoirs, en
tavernes, un doctorat d'espoir. J'ai pris les mots où ils étaient, dans
la bouche et la rue, loin des grammaires, des dictionnaires et des académies. J'ai appris à écrire dans les tavernes et les restaurants cheap, sur le skaï des minounes et les toilettes de
gare. J’élève des poules pour pondre des poèmes. Et même des lapins dont je me sers des oreilles pour capter la parole. J’écris à grandes pelletées de phrases qui font un bruit de
terre en tombant. J'écris au fil à plomb. Je me nourris
de terre, de pollen, de cailloux. Je ramasse les virgules dans les armoires aux feuilles et l'eau blanche des songes dans la paume des rochers. Je mange les pépins pour renaître en pommier. Je
trace l'étoile du Berger dans la laine encore fraîche. J'arrache les larmes au cimetière, les minutes à l'horloge. Je promène un jardin au bout d'un baluchon.Ce matin je me suis posté pour aller
vous rejoindre. Je serai dans l'enveloppe. La boîte à malle s'est perdue. Le facteur s'est pendu. La postière est enceinte et ce n'est pas de moi. J’ai toujours écrit sans savoir comment ni
pourquoi. Je continue pour les mêmes raisons.
Jean-Marc La Frenière
Déclaration écrite et dite en place de nos amis américains de tout le continent, du Grand Nord au Grand Sud, qui pour de multiples raisons ne peuvent encore prendre la parole comme nous le
faisons aujourd'hui. Car le Tabou que représente pour eux toutes et tous, citoyennes et citoyens des Amériques, la question dite autochtone, des premières nations, des natives ou des amérindiens
est encore comme feu qui brûle en plein hiver, cœur froid qui ne peut voir ou ressentir encore, car il faut avancer, il faut brûler, conquérir tous les territoires sans trop de questions se
poser, et oui, sans se poser, courir loin loin et vite vite toujours et encore plus loin et plus vite... vers l'ouest, à l'opposé d'où surgit le soleil...
Nous,
belges, français, anglais, espagnols, portugais, italiens... et donc Européens.
Nous, arrière, arrière, arrière petits-enfants de Tous ceux qui d'ici ont vu partir ou dû partir ou décidé de quitter ce vieux continent pour conquérir un Nouveau Continent pourtant aussi ancien
que le nôtre.
Nous,
reconnaissons qu'au nom de l'asile, de la conquête, de l'avidité, de la possession, de l'espoir et parfois même au nom de nos dieux,
Nous,
avons perpétré l'Innommable et qu'ici en ces lignes
Nous,
Déclarons comme Inacceptable, comme un regret trop tard arrivé : systématiquement nous, là-bas, encore européens puis américains, canadiens, mexicains, brésiliens, colombiens, argentins et autres
centre et sud-américains, avons arraché à d'autres hommes leurs terres et leurs rêves, les terres et les rêves de leurs aïeux, leurs richesses, leur mémoire...
Nous,
les avons d'abord considérés comme sans terre, puis «sans âme» (comme nos femmes jadis), puis avons pillé, épuisé, territoire et humains, et sommes rentrés en Guerre contre des frères, les avons
tués, massivement et ensuite expulsés...
Nous,
les avons acculés à l'occupation de maigres zones-territoires où nous nous efforçons de les maintenir aujourd'hui encore. Si nous les en sortons, c'est pour leur demander de renoncer à eux-mêmes,
à oublier qui ils sont, d'où ils viennent et où les portent leurs rêves, pour qu'ils ne se rendent ailleurs que dans l'Invisible : les acculturer, changer leurs noms, les baptiser de nos
religions, les violer dans ce qu'ils ont de plus intime, au plus profond d'eux-mêmes, au plus profond de nous.
Les Réserves n'hébergent les Casinos, zones hors taxes, que pour mieux les soûler - ivresse de l'Or qui a perdu toute vraie valeur de l'Esprit !
Ces Camps de la Mort Lente nous appellent à dénommer cette série d'actes qui dure depuis plus de 500 ans par son nom : l'un des Génocides les plus longs, durables et massifs de l'histoire connue
de l'Humanité, celui des populations dites Indiennes des Amériques !
Nous,
petits-petits, minuscules enfants de ces hommes et de ces femmes qui pourtant rêvaient d'avenirs meilleurs, de mondes nouveaux, d'utopies... et qui ont commis ces actes...
Nous,
demandons PARDON.
À travers toi, Charles Coocoo, nous demandons humblement et insuffisamment PARDON.
Nous,
te confions, Charles, à toi, maître de cérémonies, Matotoson Iriniu, à toi et à tes ancêtres, cette Déclaration, signée par toutes les personnes de bonne volonté réunies ici ce soir, dont la
liste est reprise ci-après... toutes personnes réunies autour de la Poésie, de la Musique, de l'Art et de la recherche de sens...
Cette Déclaration est un acte de Reconnaissance et de Repentance. Sa limite est le retard avec lequel elle est venue. Ses horizons sont sa sincérité et les gens
qui la portent.
Cette Déclaration est aussi une Affirmation : l'être humain peut s'épanouir, continuer à découvrir et élargir ses territoires sans piller, tuer, massacrer, annihiler.
Cette Déclaration se veut enfin une Promesse : dorénavant, ensemble, construisons des formes nouvelles de coexistence des âmes, des pensées, des cœurs, des actions et des aspirations...
La Parole est pour nous tous la possibilité d'un pouvoir de Transformation de nos limites en réalisations de la Vie et donc du Sublime.
Un poète de chez nous, français, disait que s'il existait une montagne qui reliait la Terre au Ciel, cette Montagne était invisible à notre Vision ordinaire mais que pourtant, la Base de cet
Invisible devait bien se trouver quelque part, et être Visible ! forcément...
À toi, poète, chamane, humain,
Nous,
confions cette Déclaration.
Elle voyagera après ce soir, rejoindra d'autres Ambassades que celle que symboliquement nous constituons ce soir.
Que de cette petite base visible, ton peuple et tous les peuples frères qui de tout temps, depuis l'expansion de l'homo sapiens, ont vécu de telles abominations, depuis l'invisible, fassent
nourriture bien réelle pour les Fêtes, Danses et Créations que nous sommes appelés à vivre ensemble !
Aucun commentaire pour cet article
D'un mot l'autre