Samedi 21 juin 2008

On doit garder en nous la soif du nouveau-né, l'espoir de l'enfant. On enfonce tant de clous dans la tête du bonheur, tant d'aiguilles dans les bras. On fait des trous dans le monde pour regarder le vide. Nous cherchons un mot de passe sans savoir où aller, des paroles de croyants dans un monde de marchands, le sang muet des morts dans un tas d'ossements. Nous ouvrons la lumière et c'est la nuit qui voit. Pourrons-nous respirer sans payer l'addition ? Pourrons-nous mourir sans laisser de pourboire ? Pourrons-nous voyager sans frontières et sans but ? Voici ma part de poussière, de fleurs, de sang, de mots. Voici ma part de lumière, ma part de peurs et de nuits blanches, ma part de braise sous la cendre, mon désir excessif de parler aux étoiles. Voici ma part de néant, de soleil et de lune, ma part de fleurs et de silence, ma récolte de rêves, ma part de révolte. Quand le soleil ôte sa robe, le corps de la nuit laisse voir sa peau. Les fleurs éclosent dans la confiance du fruit. Chaque goutte de pluie vient se pencher sur l'autre. La vie est une longue métaphore aux mots indéchiffrables.

Les plantes et les fleurs sont les lettres de la terre. Tous les arbres se dressent au signal des pluies. Nous faisons tant d'aller-retour avant de voir la route. Comme une louve pénètre dans la forêt en flammes pour sauver sa nichée, j'exerce mes oreilles à mordre l'inconnu. L'horizon dans ma poche continue de grandir. Les branches en bois debout tendent leurs bras ouverts. Que boirions-nous sans une source ? Même la haine a besoin d'eau. Parfois le nom des choses m'est plus proche que les choses. Je me méfie des hommes qui ne lisent qu'en chiffres et comptent les voyelles. Plongeant ma langue dans l'invisible, je n'écris pas sur des grandes pages légales mais sur des bouts de route, les pieds mouillés, les mains moites, les yeux fous. L'arbre discute avec le vent, la pierre avec la source. Le ciel converse avec lui-même. Je ne fais que mêler le sable des voyelles à la pluie des consonnes, les vagues de la forme à la mer du sens, les racines à la terre. Le vent défait les boutons d'or et les chapeaux d'aigrettes. La pluie lit ses poèmes sur le cahier des toits. Les nuages applaudissent et réveillent les fleurs. Seules, les pierres restent assises. D'un fleuve sans eau ni rives, je remonte le cours. Avec les années, je deviens qui je suis. Lorsque la mort viendra, je serai prêt à naître.


par la freniere publié dans : Prose
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Retour à l'accueil

D'un mot l'autre

Scribulations est parue


pour commander
Éditions La Madolière

des mêmes auteurs
pour commander:
en.ligne.editions@hotmail.fr

Parutions

Aux éditions Chemins de plume:

L'Autre versant, 2006


Parce que, 2007

pour commander:

au Québec:

Jean- Marc La Frenière – 344 rang 6 Saint-Ferdinand Québec G0N1N0

en France:

Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice


autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





Recherche

RSS

  • Flux RSS des articles
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus