Une malle de terre

Publié le par la freniere


Il suffit que Dieu meure pour faire des miracles. Les fantômes se décrochent des patères comme de grands manteaux découvrant leurs vertèbres. Lorsque les fleurs éclosent, le soleil bâtit des cathédrales au bout de chaque tige. Les insectes remontent les escaliers de l'herbe. Un paysage naît à l'endos des paupières. Des abeilles de papier transforment l'encre en miel. Chaque bourgeon déboutonne la sève. La peau des feuilles cherche la pluie ou la caresse du soleil. Les choses nous regardent et nous jugent. Des méduses de mots flottent dans l'aquarium des regards, des lignes en suspension sous la vitre des yeux. Avez-vous déjà vu un arbre tomber du ciel, une escadrille de roches se mettre à voler, des espadrilles d'enfant délacer l'horizon ? Cela m'arrive chaque jour. Il me suffit d'ouvrir les guillemets ou de fermer les parenthèses. Je marche sur un sol qui se brise. Chaque éclat est un mot. Je m'enlise dans une boue d'images. Qu'importe que je perde mes clefs devant chaque serrure, je transporte avec moi l'autre côté des choses. Il n'y a plus de maison. Chaque fenêtre est un ciel ouvert sur la vie. Chaque pas est une lettre, un son, une ligne. Chaque route est une phrase, une symphonie, un tableau. Chaque arrivée est un départ. Chaque départ est un port, chaque arrivée un pont. Chaque voyage dessine la ligne d'horizon. J'entends des pas dans ma poitrine. Quelqu'un marche dans mon cœur. Mes souliers sont pleins de monde. Une malle de terre transporte ses racines. Là où le regard s'arrête, les mots servent à voir.


Publié dans Prose

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